En 1935, Louis Guilloux représente l’ennemi de classe en voiture, et ses amis prolétaire à bicyclettes.
La naissance du crédit de masse date de 1920 pour acheter une voiture. En France, on n’aime pas le crédit car cela n’est pas responsable d’utiliser l’argent qu’on a pas. On impute la crise de 29 aux méfaits du crédit ; explication morale.
L’échec de la France dans l’automobile (après un début retentissant) tient à son élitisme, au refus (à tous les niveaux !…) de produire un bien de consommation. On se moque de Citroën qui veut utiliser les méthodes de Ford et rendre les voitures accessibles. Pour l’élite comme pour les ouvriers, la voiture demande « un savoir-faire » et l’attention d’hommes de qualité (ce que ne permet pas la chaîne de montage). Les employés français sont néanmoins moins bien payés que les américains !…
Sur la photo de famille bourgeoise, la voiture remplace le carrosse à huit-chevaux. Personne n’y voit un bien de consommation de masse.
L’innovateur est ici toujours à demi-fou, à l’image de Tournesol.
En Amérique, le personnage du cow-boy est celui qui déplace les anciennes limites : légales, morales, économiques, culturelles (la famille, le fermier, le shérif, l’Indien…) En France, on parle à l’inverse d’exode dès qu’il y a un mouvement social ; et celui-ci doit être planifié !… En outre, un mouvement de défense de la fixation du régime est toujours pugnace.
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Le grand magasin met fin au rapport de domination du boutiquier sur le client ; dorénavant le client peut hésiter, et sortir sans payer. Le rapport marchand devient impersonnel. C’est le « bistrot pour les femmes » et la kleptomanie remplace l’alcoolisme.
Le dandysme, comme participation à la guerre du paraître, est désormais partout. Un dandysme de masse.
Les zazous en 42 préfigurent la montée en force de « la jeunesse » dans l’après-guerre : féminisation, musique, « style de vie », refus du devoir civique, urbanité… Ils sont haïs par les ruraux, les résistants, les collabos.
Les hippies se révoltent contre un certain « rapport à l’eau » des protestants—un hygiénisme qui date de la Réforme, à l’époque où le catholicisme recommandait un usage modéré de l’eau lors de la toilette.
Longtemps la mode illustra des rapports sociaux, des luttes de pouvoirs entre classes sociales montantes ou descendantes. Mais aujourd’hui, le seul critère est celui du temps : il s’agit de ne pas être « has-been » ; on lutte contre le temps et non contre une classe à faire tomber. À la recherche du basique qui ne vieillit pas (plus que du classique).
dimanche 16 juillet 2017
Sur les animaux
L'arbre, l'animal et l'homme, Luc Ferry
Défense du « droit animal » à travers l’utilitarisme. Dès Bentham on cherche à savoir, non pas si l’animal peut parler, ou sait réfléchir, mais s’il connait la souffrance ; et dès lors cela oriente toute la pensée anglo-saxonne sur l’anti-spécisme. Bien noter que c’est profondément un mode de raisonnement américain.
Le romantisme allemand donne une autre explication au respect de la nature (et des bêtes) : cela part de la représentation d’une nature originaire, sauvage, pure, vierge, _authentique_ et irrationnelle. Le romantisme allemand donne à la nature un caractère extra-humain : c’était là « bien avant l’homme » disent-ils, dans un élan à la Meillassoux, étrangement… La nature s’est faite elle-même, sans intervention des hommes ; et c’est cela qu’ils respectent.
Quelques grandes « causes animales » : la vivisection, le gavage d’oie, la tauromachie. Des cas déjà traités par les nazis dès 1935.
Question importante de la souffrance animale faite en privée ou en public : avec Aquinas, on est d’accord pour limiter la souffrance faite sur les animaux, moins pour les animaux que pour le fait que cela donne de mauvaises habitudes aux hommes eux-mêmes. Or les deep-ecologists comme les nazis ne font pas de distinction entre privé et public.
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Jeux, modes et masses, Paul Yonnet
Les coûts des chiens et des chats pour la ville sont énormes : on a du les interdire dans les parcs car les ravages étaient trop importants. Les animaux détruisaient la vraie nature !… Avoir un animal domestique ne développe pas plus la sociabilité ; on s’interdit tout un tas de contacts (enfants, chiens belliqueux, etc.) avec un chien.
Lorenz dit : « Remplacez le mot enfant par chien dans mon livre. » Il critique l’éducation à l’américaine, la populace et le marché dérégulé par rapport à « l’obéissance pure des chiens. »
Finalement, on prend un animal pour se faire respecter, pour voir qu’on obéit à nos ordres, à l’ère de l’enfant-roi où celui-ci n’obéit plus. Le chien est un enfant poli. (Tout comme l’animal est un sujet sociologique plus intéressant, car il ne change pas son mode de vie ; et cela plaît à Bourdieu qui, de fait, étudie les hommes comme des singes.)
Manger un chien est associé à du quasi-cannibalisme. (D’où l’idée de faire de Montserrat et ses sbires des mangeurs de chien, organisant des orgies à la manière des futuristes.)
De « candidats à l’humanité » au XIXème, les chiens ont désormais pris le pas sur l’homme lui-même ; tout au moins sur les trottoirs—et les pauvres joggers en ont peur… 77% des Français répondent oui (en 1985) à la question : est-ce comme faire souffrir un être humain ?
Au XVIIème, Harvey immole des biches enceintes et vivantes pour faire de la vivisection. Il les dissèque vivantes pour étudier la reproduction ; et Descartes de l’admirer.
On interdit les combats de coqs, mais pas la corrida et les courses de chevaux.
Lorsque trois chiens déchiquettent un bébé de moins d’un an (alors en train de dormir) ; le propriétaire dit à la presse : « Ces trois petits chiots sont comme mes enfants, c’est ma faute et pas la leur : je n’avais pas verrouiller la porte. » Excuser les animaux comme les humains, cf. l’excuse de la majorité.
L’animal domestique se civilise au dépend de l’homme : un type se tue en mer pour sauver son chien ; et trois policiers aussi pour aller à sa rescousse à lui.
Sur les trottoirs, des chiens promènent leur maître.
Défense du « droit animal » à travers l’utilitarisme. Dès Bentham on cherche à savoir, non pas si l’animal peut parler, ou sait réfléchir, mais s’il connait la souffrance ; et dès lors cela oriente toute la pensée anglo-saxonne sur l’anti-spécisme. Bien noter que c’est profondément un mode de raisonnement américain.
Le romantisme allemand donne une autre explication au respect de la nature (et des bêtes) : cela part de la représentation d’une nature originaire, sauvage, pure, vierge, _authentique_ et irrationnelle. Le romantisme allemand donne à la nature un caractère extra-humain : c’était là « bien avant l’homme » disent-ils, dans un élan à la Meillassoux, étrangement… La nature s’est faite elle-même, sans intervention des hommes ; et c’est cela qu’ils respectent.
Quelques grandes « causes animales » : la vivisection, le gavage d’oie, la tauromachie. Des cas déjà traités par les nazis dès 1935.
Question importante de la souffrance animale faite en privée ou en public : avec Aquinas, on est d’accord pour limiter la souffrance faite sur les animaux, moins pour les animaux que pour le fait que cela donne de mauvaises habitudes aux hommes eux-mêmes. Or les deep-ecologists comme les nazis ne font pas de distinction entre privé et public.
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Jeux, modes et masses, Paul Yonnet
Les coûts des chiens et des chats pour la ville sont énormes : on a du les interdire dans les parcs car les ravages étaient trop importants. Les animaux détruisaient la vraie nature !… Avoir un animal domestique ne développe pas plus la sociabilité ; on s’interdit tout un tas de contacts (enfants, chiens belliqueux, etc.) avec un chien.
Lorenz dit : « Remplacez le mot enfant par chien dans mon livre. » Il critique l’éducation à l’américaine, la populace et le marché dérégulé par rapport à « l’obéissance pure des chiens. »
Finalement, on prend un animal pour se faire respecter, pour voir qu’on obéit à nos ordres, à l’ère de l’enfant-roi où celui-ci n’obéit plus. Le chien est un enfant poli. (Tout comme l’animal est un sujet sociologique plus intéressant, car il ne change pas son mode de vie ; et cela plaît à Bourdieu qui, de fait, étudie les hommes comme des singes.)
Manger un chien est associé à du quasi-cannibalisme. (D’où l’idée de faire de Montserrat et ses sbires des mangeurs de chien, organisant des orgies à la manière des futuristes.)
De « candidats à l’humanité » au XIXème, les chiens ont désormais pris le pas sur l’homme lui-même ; tout au moins sur les trottoirs—et les pauvres joggers en ont peur… 77% des Français répondent oui (en 1985) à la question : est-ce comme faire souffrir un être humain ?
Au XVIIème, Harvey immole des biches enceintes et vivantes pour faire de la vivisection. Il les dissèque vivantes pour étudier la reproduction ; et Descartes de l’admirer.
On interdit les combats de coqs, mais pas la corrida et les courses de chevaux.
Lorsque trois chiens déchiquettent un bébé de moins d’un an (alors en train de dormir) ; le propriétaire dit à la presse : « Ces trois petits chiots sont comme mes enfants, c’est ma faute et pas la leur : je n’avais pas verrouiller la porte. » Excuser les animaux comme les humains, cf. l’excuse de la majorité.
L’animal domestique se civilise au dépend de l’homme : un type se tue en mer pour sauver son chien ; et trois policiers aussi pour aller à sa rescousse à lui.
Sur les trottoirs, des chiens promènent leur maître.
Fukuyama
Le jugement moral pèse moins que le jugement sur la santé physique : on peut dire « arrête de fumer ! » mais surtout pas « ne trompe pas ta femme ! » à nos amis. La préservation de soi dépasse la morale.
La vérité des choix moraux (des sens de la vie, religions, etc.) qui s’offre à nous apporte plus de confusion qu’autre chose—dit-on !…
« Jadis, tout le monde était fou ! » dit le dernier homme avec un certain soulagement.
Ce qui disparaît à la fin de l’Histoire : c’est l’Erreur, c’est l’Action niant le donné, c’est le Sujet opposé à l’Objet. (cf. Meillassoux toujours !)
On peut redevenir des animaux après l’Histoire, une fois la reconnaissance de tous par tous établie à l’échelle universelle : un chien s’endort paisiblement s’il est bien nourri. Il ne se soucie pas du succès des autres chiens.
Abolir les injustices rendra la vie des hommes égale à celle des animaux ; il n’y aura plus de lutte pour être reconnu une fois tous égaux les uns aux autres.
On aime le chien car il n’est pas humain ; il n’agit pas, il n’a pas de négativité, il n’a aucun problème d’Ego… en dehors d’une banale vie sexuelle… (cf. Tinder, e.g désincarnée, saisonnière, encadrée par des « lois de l’espèce » mais sans surprise, sans excès non plus.)
Il n’y aura plus d’art à la fin de l’Histoire, car l’esprit d’une époque se matérialise dans une œuvre, et il n’y aura plus d’esprit d’une époque car aucune situation nouvelle n’émergera. Il n’y aura plus rien de neuf à décrire ni à capter.
Après l’Histoire, il reste une conquête des plaisirs grâce aux sports-extrêmes qui sont d’ailleurs nés en Californie, ce n’est pas un hasard.
Une forme « d’art » très formaliste et inutile pourra perdurer, comme la cérémonie du thé au Japon : un tel vecteur de snobisme crée de la reconnaissance !… Il y a des méthodes, des règles à respecter. Le snobisme pur est le seul espoir que l’Histoire ne s’arrête pas totalement. Les efforts pour être reconnus comme supérieurs ne s’arrêteront pas.
La vérité des choix moraux (des sens de la vie, religions, etc.) qui s’offre à nous apporte plus de confusion qu’autre chose—dit-on !…
« Jadis, tout le monde était fou ! » dit le dernier homme avec un certain soulagement.
Ce qui disparaît à la fin de l’Histoire : c’est l’Erreur, c’est l’Action niant le donné, c’est le Sujet opposé à l’Objet. (cf. Meillassoux toujours !)
On peut redevenir des animaux après l’Histoire, une fois la reconnaissance de tous par tous établie à l’échelle universelle : un chien s’endort paisiblement s’il est bien nourri. Il ne se soucie pas du succès des autres chiens.
Abolir les injustices rendra la vie des hommes égale à celle des animaux ; il n’y aura plus de lutte pour être reconnu une fois tous égaux les uns aux autres.
On aime le chien car il n’est pas humain ; il n’agit pas, il n’a pas de négativité, il n’a aucun problème d’Ego… en dehors d’une banale vie sexuelle… (cf. Tinder, e.g désincarnée, saisonnière, encadrée par des « lois de l’espèce » mais sans surprise, sans excès non plus.)
Il n’y aura plus d’art à la fin de l’Histoire, car l’esprit d’une époque se matérialise dans une œuvre, et il n’y aura plus d’esprit d’une époque car aucune situation nouvelle n’émergera. Il n’y aura plus rien de neuf à décrire ni à capter.
Après l’Histoire, il reste une conquête des plaisirs grâce aux sports-extrêmes qui sont d’ailleurs nés en Californie, ce n’est pas un hasard.
Une forme « d’art » très formaliste et inutile pourra perdurer, comme la cérémonie du thé au Japon : un tel vecteur de snobisme crée de la reconnaissance !… Il y a des méthodes, des règles à respecter. Le snobisme pur est le seul espoir que l’Histoire ne s’arrête pas totalement. Les efforts pour être reconnus comme supérieurs ne s’arrêteront pas.
Sur Baudelaire, Sartre
Baudelaire est l’homme penché sur lui-même. Il ne s’oublie jamais. Il ne connait pas l’immédiateté.
Il faut « tromper sa lucidité » pour parvenir à agir.
Une certaine haine de l’homme, de « la face de l’homme », mais un respect pour ses œuvres, notamment les villes.
Faire que les autres éprouvent du dégoût à son égard pour se rendre présent à leur esprit.
Haine de la nature : le crime est naturel, la vertu est artificielle. Le bien est le produit d’un art, le mal se fait sans effort.
« L’eau en liberté m’est insupportable ! »
Dans la ville, les objets ont une fonction, et un prix. L’homme se trouve à sa place ; contrairement à la nature où tout est contingent.
L’acier est ce qui laisse le moins de prise, à l’image de sa pensée.
Purement cérébral, Baudelaire atteint une « titillation » d’ordre sexuelle une fois la beauté « naturelle » assaisonnée par des vêtements, du parfum, bref une parure.
Il faut « tromper sa lucidité » pour parvenir à agir.
Une certaine haine de l’homme, de « la face de l’homme », mais un respect pour ses œuvres, notamment les villes.
Faire que les autres éprouvent du dégoût à son égard pour se rendre présent à leur esprit.
Haine de la nature : le crime est naturel, la vertu est artificielle. Le bien est le produit d’un art, le mal se fait sans effort.
« L’eau en liberté m’est insupportable ! »
Dans la ville, les objets ont une fonction, et un prix. L’homme se trouve à sa place ; contrairement à la nature où tout est contingent.
L’acier est ce qui laisse le moins de prise, à l’image de sa pensée.
Purement cérébral, Baudelaire atteint une « titillation » d’ordre sexuelle une fois la beauté « naturelle » assaisonnée par des vêtements, du parfum, bref une parure.
samedi 1 juillet 2017
Chronique XV
Titres : L’âge de la terre, Apprenti sauvage, Grosse fatigue, Démarrer la lecture, Roman bourgeois.
Le film _Un souffle au cœur_ de Louis Malle (1971) dépeint une famille bourgeoise de province des années 50’s. Mais, particularité, où la transgression est incessante. Les deux grands frères boivent, amènent des filles, maltraitent les servantes, baisent des putes, emmènent le petit frère se faire dépuceler etc. La mère a un amant, le père est décadent. Bref, ici la bourgeoisie sait vivre, l’argent ne fonctionne pas comme castration comme dans beaucoup de films ou de romans plus ou moins d’inspiration marxiste ; la bourgeoisie vit même trop ; à la fin tout le monde rigole parce que le héros (15 ans) a enfin découché et passé la nuit avec une fille.
Cela me fait penser à _The Innocents_ qui dépeint aussi le même genre de famille très libre, tout au moins pour les enfants. Je pense qu’il y a ici une vérité essentielle, que la plupart des œuvres loupent par haine de l’esprit bourgeois, comme toujours, e.g la dimension transgressive de la bourgeoisie, y compris contre le clergé comme chez Malle. Peut-être même que ce sont les fils de bourgeois qui furent les premiers à lutter contre l’emprise de l’église, en lisant Montherlant et Bataille, et non les fils de prolos, plus conservateurs, plus moraux.
Ce qui est dommage, c’est que le capitalisme n’a pas besoin d’alliés. Quand on lit les pages de _Grand père_ de J-L. Costes, comme tous les livres traitant des dictatures, voir du passé tout court, on se dit que la critique du progressisme à bon dos !… Les viols, les humiliations, les meurtres gratuits, ça y allait. Quand, après ça, on entend au café « Il n’y a jamais eu d’époque où la vulgarité, la bassesse, furent aussi applaudies qu’aujourd’hui » on se dit qu’il vaut mieux fermer sa grande gueule ; aller au cinéma, à la plage, lire des romans de gare et aller pointer à 9h30 au travail, baiser tranquillement ; et surtout fermer sa gueule et remercier Dieu de nous avoir fait naître aujourd’hui en France.
Un personnage houellebecquien. Il déprime gentiment. « Aujourd’hui, il ne se passe plus rien. J’ai bien vécu des événements, amitié, joie éphémère, hobby, passion amoureuse, quelques lectures bouleversantes. Le dernier en date, c’est une startup. Pourquoi tout cela s’est-il arrêté ? Est-ce ma faute ? Je ne crois pas. »
Qu’est-ce que serait qu’un essai sur le mainstream ? Etre Français, c’est croire qu’assez naturellement, en s’exprimant, on va toucher à l’universel. Or c’est aux USA que l’art populaire est mainstream, qu’il peut être apprécié ailleurs qu’aux USA. Cet optimisme français est drôle : comme s’il n’y avait pas de travail à faire contre soi-même pour s’adresser à l’universel.
Comment DOA maintient le suspens sur 300 pages ? Il « encadre » le récit dans les quinze jours de l’entre-deux tours d’une élection présidentielle. L’unité de temps est respectée ; il y a une « date butoir » à l’intrigue. Le lecteur se demande « mais comment cela va t-il être résolu avant la Fin, qui est déjà déterminée par l’intrigue ? »
Le suspens, c’est le fait d’encadrer une narration par sa fin. Contrairement à un roman contemplatif, un roman à suspens demande en permanence au lecteur : « Comment cela peut-il finir ? » Forcément mal. (Le roman d’aventure est, paradoxalement, une forme de contemplation : on aime l’aventure pour l’aventure.)
Le lecteur est « captif » car il veut s’en sortir. Il veut moins « plonger » dans l’histoire (sci-fi, aventure, pur style) que « s’en sortir » (énigme, suspens, horreur etc.) D’où la question à propos d’un ou plusieurs personnages : « Comment va t-il s’en sortir ? » ; c’est cet état, comme lecteur, qui nous accroche. (Dans _La sentinelle_ on se demande comment le héros va parvenir à s’échapper, à se débarrasser de cette tête qui lui veut du mal. Dans _Le jardin de l’ogre_ on s’imagine que ça va mal finir pour l’héroïne, on se demande par où ça va exploser.)
Contre le courage, Truffaut défend plutôt le tact.
Dans _Pour une chance_ de Bertrand Betsch : « Mêmes si nos vies sont minuscules / Qu’elles nous chahutent, qu’elles nous bousculent / Il y a encore ta lumière / Qui me sert de point de repère. »
Debord : « Dans le petit nombre de choses qui m’ont plu, et que j’ai su bien faire, ce qu’assurément j’ai su faire le mieux, c’est boire. Quoique ayant beaucoup lu, j’ai bu davantage. J’ai écrit beaucoup moins que la plupart des gens qui écrivent; mais j’ai bu beaucoup plus que la plupart des gens qui boivent. »
Cette idée, présente chez Debord, comme une intuition commune chez les vidéastes de ce que sera Youtube : ses films sont presque exclusivement un assemblage d’extraits d’autres films. Ce procédé veut démontrer que les composantes d’une vie libre sont déjà présentes dans la nature et dans la technique. Mais il faut en modifier le sens et la structure, si l’on veut vraiment accéder à une expérience esthétique.
« J’écris pour sauver des images, le livre n’est qu’un prétexte » Emmanuelle Richard.
« Je suis le genre de fille qui prend toute sa valeur dans le noir » dans _Préparez vos mouchoirs_ de Blier.
Muray, Houellebecq, Kundera, Roth nous ont fait mûrir ; mais c'est à Nabe que revient le privilège d'avoir fait de nous des adultes, au tout départ. On pourrait même qu’ils nous ont appris à écrire mais que Nabe, lui, nous y a obligé.
Cotillard : « Je trouve une respiration, et cela dit tout le reste. Une voix qui respire ou pas, un corps qui respire ou pas. »
Étrange de constater, une fois de plus, que _les marges_ telles qu’elles ont l’air de passionner V. Despentes ne m’intéressent que peu. Ou alors, celles visant à produire _une norme_ évidemment, comme les hackers des années 60 et 70. Ou, inversement, le rock’n roll, puis le rap, qui sont devenus des orthodoxies après avoir marinés dans les marges, méprisés par l’intelligentsia.
Finalement, l’espèce de romantisme à être _rejeté_ ne peut pas m’attirer car j’en souffre ; et je ne comprends pas pourquoi V. Despentes continue d’admirer des gens qu’elle n’a fait que fuir.
Sur _Gaston et Gustave_ d’Olivier Frébourg : « De son ami Bernard Frank, il avait appris l'art de l'industrieuse paresse, de la digression littéraire et de la sieste gastronomique. Et voici qu'il découvrait l'horreur. Un enfant mort, qu'il conduisit seul, un matin, dans son tout petit cercueil en bois, jusqu'au feu du crématorium. Un survivant précaire, né au terme de 26 semaines, pour lequel le pronostic vital était engagé. L'insondable détresse de sa femme, qui allait bientôt le quitter comme Flaubert congédia Louise Colet. »
(passer le CAPES sans aucune préparation pour 2 jours de congés, se prendre un 3 et un 2, et se dire : « Merde, j’aurais pu avoir plus »)
(Achille qui, tout nu, caché par la porte d’une armoire, dit à Nathan : « Mais va donc à la cuisine prendre de la brioche » en sachant que Nathan doit passer derrière lui, et le voir cul nu, pour aller à la cuisine.)
En écoutant un rappeur parler de son métier, je me dis que la toute la culture « populaire » (par exemple, les notes de musiques, do, ré, mi, etc.) que les rappeurs utilisent dans leurs paroles vient d’une civilisation occidentale qu’ils détestent. Ce qui est drôle, c’est qu’ils utilisent le langage que des morts « occidentaux » ont crée, pour l’assassiner. Autrement, le rap ne peut pas exister sans une culture orthodoxe qui le soutient. Le rap rejoint toutes les contre-cultures qui ont besoin d’un tuteur auquel s’accrocher pour tenir debout : le rock’n roll, le pop-art, la langue parlée dans le roman.
Si l’on regroupe tout cela dans le « post moderne » et dans le collage, on comprend que la maturité de l’art occidental n’a jamais pu être atteint ailleurs, car il se positionne dorénavant par rapport à une culture classique. Vouloir imiter le post-modernisme dans une société qui n’a aucune colonne verticale est « littéralement » impossible, car un collage part bien, par définition, d’éléments préexistants.
La gauche, la religion, le conservatisme, etc. ne sont pas des idées politiques distinctes ; ce sont des chapelles d’une seule et même idiotie : la détestation de l’homme commerçant, c’est-à-dire du mouvement. (C’est pour cela que l’intellectuel compte moins que le boutiquier pour juger du pluralisme, c’est-à-dire du seul bien commun, car il existe des intellectuels au service de l’ordre, et qu’il n’existe que des boutiquiers au service du désordre ; sinon, cela s’appelle des fonctionnaires.) Ou, dit inversement, la fascination pour l’immobilité, pour le cadre, quel qu’il soit, aussi superbement orné, manufacturé. Toutes ces chapelles proposent de figer différemment, mais toujours de figer, les sujets humains ; et ce que certains nomment « progrès », le « sens de l’histoire », la « guerre sainte » ou la « réaction » sont des appellations variées pour dénommer _ le chemin_ que les chapelles comptent prendre pour bâtir leur parc humain ; qui diffèrent certes par bien des aspects, des interdits alimentaires aux vêtements au taux d’imposition, mais qui reste un parc (fonctionnarisés, ordonné, etc.)
Je veux écrire un roman sur le commerce, sur la croissance économique, ce mystère _humain_ que jamais personne n’a sondé de près. Moins sur le fonctionnement d’une entreprise, déjà fait, banal, que sur le processus d’enrichissement d’un homme, d’une communauté, d’un pays, du monde entier. Comment peut-on passer en soixante ans de l’après-guerre à l’An 2000 ? Comment est-ce _possible_ d’opérer une telle accumulation de valeur, de faire disparaître les paysans, les usines, etc.
Qu’est-ce qu’on crée quand on travaille, dans une société de services ? Plus personne ne _voit l’enrichissement_ à l’œuvre aujourd’hui, contrairement à un paysan ou un industriel qui augmente la cadence quotidienne de la production d’un bien X ou Y.
Revenir au traumatisme de la fin de mon enfance, qui n’est pas la chute du Mur comme Desplechin, mais mon arrivée à Katmandou, depuis Paris.
Nimier dans _Le Hussard bleu_ (p. 271) : Il faut regarder les rêves des adolescents pour ausculter une société. En 1900 : avoir une maîtresse. En 1930 : porter une arme, tuer.
Un film culte, ou un roman culte, c’est un bien culturel qui véhicule une manière de vivre que les jeunes gens imitent ; un idéal du bonheur, aussi, auquel les jeunes aspirent. Ainsi, en 2005, avec l’Auberge espagnole, l’idée que le bonheur doit passer par l’étranger, par l’exotisme (plus que par la défoncer ou la fête, cf. _Less than Zero_ etc.)
C’est bien _une certaine forme_ de saturation à l’œuvre qui m’intéresse dans un film ou un livre. (D’où mon indifférence à la peinture, à l’art plastique, ou même au théâtre, ou à la BD, des formes d’arts peut-être plus « pauvres en monde » malgré elles ; mais, évidemment, tout aussi sujettes à l’admiration savante, etc.)
Mais là encore, il faut être précautionneux : les films de Lynch peuvent à certains égards être considérés comme « saturés » de signifiants, or j’en ai de plus en plus horreur. De même, les romans de Pynchon, Wallace, etc. voir même Dosto, qui me tombent des mains.
La formule pourrait être : une saturation dans la juxtaposition, dans un cadre non-onirique.
Je reviens toujours au géologue/géographe. La vérité de la vie se loge dans l’art d’être géographe, de juxtaposer des éléments variés, inattendus, et de penser à des motifs (kunderiens) qui puissent unifier les éléments juxtaposés. Les motifs seront les qualités des personnages, qui ne changent pas selon les situations, mais aussi les « grands thèmes » qui traversent la fiction.
Exemples : Truffaut ne produit pas de grands films à mon goût car ses meilleurs films sont des blocs monolithiques ; pire encore avec Rohmer qui réduit ses films à une intrigue minimale. Je peux les admirer, mais cela ne représente pas ce que je cherche à faire. Bref, ce sont des œuvres pauvres, malgré tout le génie qu’on peut y trouver.
Le « film choral » n’est pas non plus un bon exemple de juxtaposition, car il traite de personnages différentes. Il y a une juxtaposition d’intrigues mais pas de niveaux de discours : on admire _Magnolia_ de P. T. Anderson car l’espèce d’ivresse est bien là, en dépit de l’aspect choral ; mais sa réussite formelle me semble plus limitée que _Two Lovers_, par exemple, ou bien d’autres films de James Gray, de Wes Anderson, d’Apatow etc. Pareillement, _La vie, mode d’emploi_ de Perec est éblouissant mais moins puissant qu’un Kundera, dont les romans comptent moins de personnages, mais imbriquent les fictions les unes dans les autres à un niveau bien supérieur.
Les teenage-movies m’intéressent plus : il y a toujours au moins deux univers, le lycée et les parents ; voir un troisième avec la petite amie.
(Quelques jours plus tard, j’ajoute : l’aspect « court » d’un roman me paraît de plus en plus essentiel. Fonctionner comme un flash, entre la nouvelle et le gros pavé, me semble être une tâche formelle absolument noble ; c’est qu’il n’existe pas de gros-livre qui me semble « géniaux » comme l’est _Extension_ ou _Contrevie_ par exemple.)
Juin 40 est notre seul outil intellectuel. Mais il ne faut pas se plaindre, Péguy et les siens n’avaient que Dreyfus à la bouche, puis, Céline, Drieu & Co n’avaient que Verdun. À chacun sa croix.
Finalement, et Perec et Houellebecq fonctionnent de la même manière, en croisant une étude théorique et des matériaux puisés dans des magazines féminins.
Noguez résume le talent de Houellebecq : Une nouvelle manière de voir les mœurs, la société, l'avenir. Faire des pronostics vachards - sur la disparition de Foucault & co à la fin du roman. Et des pronostics sur le destin de notre espèce.
Defalvard :
« A la différence des romans d’intrigue, où la cohérence est censée apparaître en premier lieu, ici c’est l’inverse: la cohérence est ce qui apparaît en dernier. Ce sont des romans qui ne montrent pas immédiatement où ils vont, ce sont des romans qui se cachent. On s’inscrit, au fond, dans une tradition française, là où beaucoup sont dans la dépendance d’une littérature américaine qui privilégie le plot, l’intrigue. J’ai voulu faire un roman qui n’ait pas d’autre honnêteté que celle de mon narrateur. »
Lévinas :
« Ce que j'aime, je l'aime sans limite, sans condition: je ne peux l'aimer que de manière (fantasmatiquement), illimitée. J’aime à l'infini. Je n'aime qu'à l'infini. »
Dresser une liste des items qui font qu’un roman « n’est pas un Marc Lévy ». Un personnage qui travaille à une check-list pour éviter de tomber dans du Marc Lévy malgré lui ; et c’est finalement cette œuvre (sous la forme de liste, de conseils, comme une « lettres à un jeune poète » d’aujourd’hui) qui le fera connaître.
Le film _Un souffle au cœur_ de Louis Malle (1971) dépeint une famille bourgeoise de province des années 50’s. Mais, particularité, où la transgression est incessante. Les deux grands frères boivent, amènent des filles, maltraitent les servantes, baisent des putes, emmènent le petit frère se faire dépuceler etc. La mère a un amant, le père est décadent. Bref, ici la bourgeoisie sait vivre, l’argent ne fonctionne pas comme castration comme dans beaucoup de films ou de romans plus ou moins d’inspiration marxiste ; la bourgeoisie vit même trop ; à la fin tout le monde rigole parce que le héros (15 ans) a enfin découché et passé la nuit avec une fille.
Cela me fait penser à _The Innocents_ qui dépeint aussi le même genre de famille très libre, tout au moins pour les enfants. Je pense qu’il y a ici une vérité essentielle, que la plupart des œuvres loupent par haine de l’esprit bourgeois, comme toujours, e.g la dimension transgressive de la bourgeoisie, y compris contre le clergé comme chez Malle. Peut-être même que ce sont les fils de bourgeois qui furent les premiers à lutter contre l’emprise de l’église, en lisant Montherlant et Bataille, et non les fils de prolos, plus conservateurs, plus moraux.
Ce qui est dommage, c’est que le capitalisme n’a pas besoin d’alliés. Quand on lit les pages de _Grand père_ de J-L. Costes, comme tous les livres traitant des dictatures, voir du passé tout court, on se dit que la critique du progressisme à bon dos !… Les viols, les humiliations, les meurtres gratuits, ça y allait. Quand, après ça, on entend au café « Il n’y a jamais eu d’époque où la vulgarité, la bassesse, furent aussi applaudies qu’aujourd’hui » on se dit qu’il vaut mieux fermer sa grande gueule ; aller au cinéma, à la plage, lire des romans de gare et aller pointer à 9h30 au travail, baiser tranquillement ; et surtout fermer sa gueule et remercier Dieu de nous avoir fait naître aujourd’hui en France.
Un personnage houellebecquien. Il déprime gentiment. « Aujourd’hui, il ne se passe plus rien. J’ai bien vécu des événements, amitié, joie éphémère, hobby, passion amoureuse, quelques lectures bouleversantes. Le dernier en date, c’est une startup. Pourquoi tout cela s’est-il arrêté ? Est-ce ma faute ? Je ne crois pas. »
Qu’est-ce que serait qu’un essai sur le mainstream ? Etre Français, c’est croire qu’assez naturellement, en s’exprimant, on va toucher à l’universel. Or c’est aux USA que l’art populaire est mainstream, qu’il peut être apprécié ailleurs qu’aux USA. Cet optimisme français est drôle : comme s’il n’y avait pas de travail à faire contre soi-même pour s’adresser à l’universel.
Comment DOA maintient le suspens sur 300 pages ? Il « encadre » le récit dans les quinze jours de l’entre-deux tours d’une élection présidentielle. L’unité de temps est respectée ; il y a une « date butoir » à l’intrigue. Le lecteur se demande « mais comment cela va t-il être résolu avant la Fin, qui est déjà déterminée par l’intrigue ? »
Le suspens, c’est le fait d’encadrer une narration par sa fin. Contrairement à un roman contemplatif, un roman à suspens demande en permanence au lecteur : « Comment cela peut-il finir ? » Forcément mal. (Le roman d’aventure est, paradoxalement, une forme de contemplation : on aime l’aventure pour l’aventure.)
Le lecteur est « captif » car il veut s’en sortir. Il veut moins « plonger » dans l’histoire (sci-fi, aventure, pur style) que « s’en sortir » (énigme, suspens, horreur etc.) D’où la question à propos d’un ou plusieurs personnages : « Comment va t-il s’en sortir ? » ; c’est cet état, comme lecteur, qui nous accroche. (Dans _La sentinelle_ on se demande comment le héros va parvenir à s’échapper, à se débarrasser de cette tête qui lui veut du mal. Dans _Le jardin de l’ogre_ on s’imagine que ça va mal finir pour l’héroïne, on se demande par où ça va exploser.)
Contre le courage, Truffaut défend plutôt le tact.
Dans _Pour une chance_ de Bertrand Betsch : « Mêmes si nos vies sont minuscules / Qu’elles nous chahutent, qu’elles nous bousculent / Il y a encore ta lumière / Qui me sert de point de repère. »
Debord : « Dans le petit nombre de choses qui m’ont plu, et que j’ai su bien faire, ce qu’assurément j’ai su faire le mieux, c’est boire. Quoique ayant beaucoup lu, j’ai bu davantage. J’ai écrit beaucoup moins que la plupart des gens qui écrivent; mais j’ai bu beaucoup plus que la plupart des gens qui boivent. »
Cette idée, présente chez Debord, comme une intuition commune chez les vidéastes de ce que sera Youtube : ses films sont presque exclusivement un assemblage d’extraits d’autres films. Ce procédé veut démontrer que les composantes d’une vie libre sont déjà présentes dans la nature et dans la technique. Mais il faut en modifier le sens et la structure, si l’on veut vraiment accéder à une expérience esthétique.
« J’écris pour sauver des images, le livre n’est qu’un prétexte » Emmanuelle Richard.
« Je suis le genre de fille qui prend toute sa valeur dans le noir » dans _Préparez vos mouchoirs_ de Blier.
Muray, Houellebecq, Kundera, Roth nous ont fait mûrir ; mais c'est à Nabe que revient le privilège d'avoir fait de nous des adultes, au tout départ. On pourrait même qu’ils nous ont appris à écrire mais que Nabe, lui, nous y a obligé.
Cotillard : « Je trouve une respiration, et cela dit tout le reste. Une voix qui respire ou pas, un corps qui respire ou pas. »
Étrange de constater, une fois de plus, que _les marges_ telles qu’elles ont l’air de passionner V. Despentes ne m’intéressent que peu. Ou alors, celles visant à produire _une norme_ évidemment, comme les hackers des années 60 et 70. Ou, inversement, le rock’n roll, puis le rap, qui sont devenus des orthodoxies après avoir marinés dans les marges, méprisés par l’intelligentsia.
Finalement, l’espèce de romantisme à être _rejeté_ ne peut pas m’attirer car j’en souffre ; et je ne comprends pas pourquoi V. Despentes continue d’admirer des gens qu’elle n’a fait que fuir.
Sur _Gaston et Gustave_ d’Olivier Frébourg : « De son ami Bernard Frank, il avait appris l'art de l'industrieuse paresse, de la digression littéraire et de la sieste gastronomique. Et voici qu'il découvrait l'horreur. Un enfant mort, qu'il conduisit seul, un matin, dans son tout petit cercueil en bois, jusqu'au feu du crématorium. Un survivant précaire, né au terme de 26 semaines, pour lequel le pronostic vital était engagé. L'insondable détresse de sa femme, qui allait bientôt le quitter comme Flaubert congédia Louise Colet. »
(passer le CAPES sans aucune préparation pour 2 jours de congés, se prendre un 3 et un 2, et se dire : « Merde, j’aurais pu avoir plus »)
(Achille qui, tout nu, caché par la porte d’une armoire, dit à Nathan : « Mais va donc à la cuisine prendre de la brioche » en sachant que Nathan doit passer derrière lui, et le voir cul nu, pour aller à la cuisine.)
En écoutant un rappeur parler de son métier, je me dis que la toute la culture « populaire » (par exemple, les notes de musiques, do, ré, mi, etc.) que les rappeurs utilisent dans leurs paroles vient d’une civilisation occidentale qu’ils détestent. Ce qui est drôle, c’est qu’ils utilisent le langage que des morts « occidentaux » ont crée, pour l’assassiner. Autrement, le rap ne peut pas exister sans une culture orthodoxe qui le soutient. Le rap rejoint toutes les contre-cultures qui ont besoin d’un tuteur auquel s’accrocher pour tenir debout : le rock’n roll, le pop-art, la langue parlée dans le roman.
Si l’on regroupe tout cela dans le « post moderne » et dans le collage, on comprend que la maturité de l’art occidental n’a jamais pu être atteint ailleurs, car il se positionne dorénavant par rapport à une culture classique. Vouloir imiter le post-modernisme dans une société qui n’a aucune colonne verticale est « littéralement » impossible, car un collage part bien, par définition, d’éléments préexistants.
La gauche, la religion, le conservatisme, etc. ne sont pas des idées politiques distinctes ; ce sont des chapelles d’une seule et même idiotie : la détestation de l’homme commerçant, c’est-à-dire du mouvement. (C’est pour cela que l’intellectuel compte moins que le boutiquier pour juger du pluralisme, c’est-à-dire du seul bien commun, car il existe des intellectuels au service de l’ordre, et qu’il n’existe que des boutiquiers au service du désordre ; sinon, cela s’appelle des fonctionnaires.) Ou, dit inversement, la fascination pour l’immobilité, pour le cadre, quel qu’il soit, aussi superbement orné, manufacturé. Toutes ces chapelles proposent de figer différemment, mais toujours de figer, les sujets humains ; et ce que certains nomment « progrès », le « sens de l’histoire », la « guerre sainte » ou la « réaction » sont des appellations variées pour dénommer _ le chemin_ que les chapelles comptent prendre pour bâtir leur parc humain ; qui diffèrent certes par bien des aspects, des interdits alimentaires aux vêtements au taux d’imposition, mais qui reste un parc (fonctionnarisés, ordonné, etc.)
Je veux écrire un roman sur le commerce, sur la croissance économique, ce mystère _humain_ que jamais personne n’a sondé de près. Moins sur le fonctionnement d’une entreprise, déjà fait, banal, que sur le processus d’enrichissement d’un homme, d’une communauté, d’un pays, du monde entier. Comment peut-on passer en soixante ans de l’après-guerre à l’An 2000 ? Comment est-ce _possible_ d’opérer une telle accumulation de valeur, de faire disparaître les paysans, les usines, etc.
Qu’est-ce qu’on crée quand on travaille, dans une société de services ? Plus personne ne _voit l’enrichissement_ à l’œuvre aujourd’hui, contrairement à un paysan ou un industriel qui augmente la cadence quotidienne de la production d’un bien X ou Y.
Revenir au traumatisme de la fin de mon enfance, qui n’est pas la chute du Mur comme Desplechin, mais mon arrivée à Katmandou, depuis Paris.
Nimier dans _Le Hussard bleu_ (p. 271) : Il faut regarder les rêves des adolescents pour ausculter une société. En 1900 : avoir une maîtresse. En 1930 : porter une arme, tuer.
Un film culte, ou un roman culte, c’est un bien culturel qui véhicule une manière de vivre que les jeunes gens imitent ; un idéal du bonheur, aussi, auquel les jeunes aspirent. Ainsi, en 2005, avec l’Auberge espagnole, l’idée que le bonheur doit passer par l’étranger, par l’exotisme (plus que par la défoncer ou la fête, cf. _Less than Zero_ etc.)
C’est bien _une certaine forme_ de saturation à l’œuvre qui m’intéresse dans un film ou un livre. (D’où mon indifférence à la peinture, à l’art plastique, ou même au théâtre, ou à la BD, des formes d’arts peut-être plus « pauvres en monde » malgré elles ; mais, évidemment, tout aussi sujettes à l’admiration savante, etc.)
Mais là encore, il faut être précautionneux : les films de Lynch peuvent à certains égards être considérés comme « saturés » de signifiants, or j’en ai de plus en plus horreur. De même, les romans de Pynchon, Wallace, etc. voir même Dosto, qui me tombent des mains.
La formule pourrait être : une saturation dans la juxtaposition, dans un cadre non-onirique.
Je reviens toujours au géologue/géographe. La vérité de la vie se loge dans l’art d’être géographe, de juxtaposer des éléments variés, inattendus, et de penser à des motifs (kunderiens) qui puissent unifier les éléments juxtaposés. Les motifs seront les qualités des personnages, qui ne changent pas selon les situations, mais aussi les « grands thèmes » qui traversent la fiction.
Exemples : Truffaut ne produit pas de grands films à mon goût car ses meilleurs films sont des blocs monolithiques ; pire encore avec Rohmer qui réduit ses films à une intrigue minimale. Je peux les admirer, mais cela ne représente pas ce que je cherche à faire. Bref, ce sont des œuvres pauvres, malgré tout le génie qu’on peut y trouver.
Le « film choral » n’est pas non plus un bon exemple de juxtaposition, car il traite de personnages différentes. Il y a une juxtaposition d’intrigues mais pas de niveaux de discours : on admire _Magnolia_ de P. T. Anderson car l’espèce d’ivresse est bien là, en dépit de l’aspect choral ; mais sa réussite formelle me semble plus limitée que _Two Lovers_, par exemple, ou bien d’autres films de James Gray, de Wes Anderson, d’Apatow etc. Pareillement, _La vie, mode d’emploi_ de Perec est éblouissant mais moins puissant qu’un Kundera, dont les romans comptent moins de personnages, mais imbriquent les fictions les unes dans les autres à un niveau bien supérieur.
Les teenage-movies m’intéressent plus : il y a toujours au moins deux univers, le lycée et les parents ; voir un troisième avec la petite amie.
(Quelques jours plus tard, j’ajoute : l’aspect « court » d’un roman me paraît de plus en plus essentiel. Fonctionner comme un flash, entre la nouvelle et le gros pavé, me semble être une tâche formelle absolument noble ; c’est qu’il n’existe pas de gros-livre qui me semble « géniaux » comme l’est _Extension_ ou _Contrevie_ par exemple.)
Juin 40 est notre seul outil intellectuel. Mais il ne faut pas se plaindre, Péguy et les siens n’avaient que Dreyfus à la bouche, puis, Céline, Drieu & Co n’avaient que Verdun. À chacun sa croix.
Finalement, et Perec et Houellebecq fonctionnent de la même manière, en croisant une étude théorique et des matériaux puisés dans des magazines féminins.
Noguez résume le talent de Houellebecq : Une nouvelle manière de voir les mœurs, la société, l'avenir. Faire des pronostics vachards - sur la disparition de Foucault & co à la fin du roman. Et des pronostics sur le destin de notre espèce.
Defalvard :
« A la différence des romans d’intrigue, où la cohérence est censée apparaître en premier lieu, ici c’est l’inverse: la cohérence est ce qui apparaît en dernier. Ce sont des romans qui ne montrent pas immédiatement où ils vont, ce sont des romans qui se cachent. On s’inscrit, au fond, dans une tradition française, là où beaucoup sont dans la dépendance d’une littérature américaine qui privilégie le plot, l’intrigue. J’ai voulu faire un roman qui n’ait pas d’autre honnêteté que celle de mon narrateur. »
Lévinas :
« Ce que j'aime, je l'aime sans limite, sans condition: je ne peux l'aimer que de manière (fantasmatiquement), illimitée. J’aime à l'infini. Je n'aime qu'à l'infini. »
Dresser une liste des items qui font qu’un roman « n’est pas un Marc Lévy ». Un personnage qui travaille à une check-list pour éviter de tomber dans du Marc Lévy malgré lui ; et c’est finalement cette œuvre (sous la forme de liste, de conseils, comme une « lettres à un jeune poète » d’aujourd’hui) qui le fera connaître.
La Seconde Révolution française, Mendras
On ne construit pas de maisons entre 1914 et 1960 dans bien des villages en France.
À partir de 65, les Français travaillent moins et font moins d’enfant ; ils profitent de leurs efforts.
Chômage, emploi féminin, espérance de vie, divorce : des métriques qui montent encore après 73.
Deux conflits : secteur public contre privé (réglé en 83) ; Église contre République vont s’éteindre. L’entreprise et le profit deviennent légitiment à partir de 83 ; le créateur d’entreprise est traité en héros (voir la publicité ? Messier, Séguéla ?)
1963 c’est : le nu dans les magazines, Nanterre qui ouvre, l’élection présidentielle, Vatican II, la grande surface.
La culture populaire est morte. Les valeurs de la bourgeoisie inondent partout.
L’agriculteur, en 45, ne prenait pas de crédit pour faire fructifier son entreprise—c’était mal vu d’être « en dette ». La paysannerie était anti-progrès, méfiante à l’égard de la technique etc. Une série de formation a lieu pendant les 50’s et 60’s pour apprendre la bonne gestion économique. Tout est fait en autoconsommation, il n’y a pas d’argent qui circule, si ce n’est pour gérer les successions. (Pas de salariat, payé une fois l’an car aucun coût fixe, aucun dépense.)
Le prolétariat naît véritablement qu’après 1900 en France (un siècle après l’Angleterre, un demi-siècle après l’Allemagne). La conscience de classe remplace le sentiment d’appartenance à « un métier ». C’est une force politique à partir des 50’s—en 36 les ouvriers ne sont pas encore massivement syndicalisés, ils le deviendront suite à 36, pas avant. Le prolétariat décrit par Marx n’existe que sur deux générations en France : dès les 80’s, les ouvriers ont des boulots proches de l’employé, pas d’efforts physiques, salariat, cantine, etc. Les immigrés prennent le relais, et ils obéissent à des formes très différentes du cliché ouvrier-syndicalisés de la première génération (entre-deux guerre).
Le mode de vie bourgeois répond à des règles écrites, tangibles, publiées dans des livres. Le nombre de domestiques est l’indication la plus claire du rang. On veut en avoir beaucoup pour ne rien faire soi-même, se donner en spectacle.
-> Énorme différence avec l’ère des robots, de l’optimisation, du gâchis que serait d’avoir des domestiques pour des bourgeois d’aujourd’hui. Il n’y a plus de bourgeois car il n’y a plus de tradition ? Non, car les paysans répondaient aussi à des traditions, au contraire il y a une légèreté par rapport aux règles qui est commune à tous.
« Une classe tout occupée de son loisir et de son confort. » Il faut en mettre plein la vue, le plus possible. « Bien vivre avec ostentation. »
-> cf. Instagram et la diffusion du « cool » e.g des endroits où il faut être, du FOMO, etc. Toujours être à la mode, au dernier-cri. Finalement un genre de snobisme qui a conquis le monde entier ; être « dans le coup » et s’observer les uns les autres pour savoir qui désir quoi, qui porte quoi, qui voyage où etc.
La mobilité sociale, c’est de devenir instituteur et d’offrir à ses enfants une plus grande carrière encore. Pompidou, Chirac, Armand (SNCF), etc.
La classe moyenne, dit déjà Simmel, déjoue le conflit marxiste. La classe moyenne opère la synthèse, permet aux uns et aux autres de s’y retrouver, donc nie l’antagonisme fondamental. Cela arrive plus tôt aux USA qu’en France.
Le barbecue remplace le dîner bourgeois : dehors et non dedans ; pas de distinction entre producteur et consommateurs, on mange les brochettes qu’on fait cuire ; habits informels ; hommes et femmes, vieux et jeunes tous assis ensemble de façon négligés, sans ordre, on se lève et on se rassoit. Le désordre est apparent mais l’ordre règne ; rôle de la femme (cuisine, salade) et celui de l’homme (faire cuire) ; décor pas du tout improvisé.
La durée de diffusion d’un prénom à la mode est passé de 37 ans à 13 ans en un siècle. Cela pour démontrer que le temps de circulation des modes est plus court, donc que c’est moins hiérarchique qu’horizontal.
Depuis 62, l’anti-militarisme n’est plus une forme de débat politique. L’armée n’est plus un sujet.
Auparavant, l’église c’était quatre chose : baptême, communion, mariage, enterrement. On passe de 92% à 50% entre 60’s et 90’s.
Quitter le P.C.F, c’était rompre avec tous les liens sociaux ; se couper d’un monde (clinique, presse, vacances, réunions, etc.) d’un seul coup. Absolument pas tenable : on comprend que l’idéologie ait résisté aussi longtemps, par la force des choses, du social.
-> De même, adhérer au FN aujourd’hui—ou sortir de l’Église avant le XXème—c’est rompre avec tous les liens sociaux, famille, couple, amis, médias, culture, travail, etc. La pensée-unique dépasse très rapidement le débat idéologique, elle rend « invivable » le fait de changer d’opinion.
À partir de 68, on préfère l’hédonisme au moralisme ; les ouvriers cherchent à se différencier des nouveaux pauvres et du « quart monde » ; le misérabilisme est perçu comme mensonger ; le P.C.F devient une secte, soucieuse de protéger ses membres.
Le pouvoir politique se fiche bien des universités, les bâtiments ressemblent à des HLM et n’ont pas grossit alors que la population étudiante a doublé entre 70’s et 80’s.
Le nombre d’élections augmente, avec l’Europe et les régionales. Avant 81, Mitterrand critiquait encore le mode d’élection du président au suffrage universel ; une fois qu’il a pris le pouvoir ainsi, les Français ont accepté ce mode de scrutin.
(L’amour libertaire n’est justement pas « ultra-libéral » comme le dit Houellebecq. Un mariage d’amour, c’est placer autre chose que l’intérêt comme ciment du couple ; d’où la hausse des divorces car la passion, contrairement à l’intérêt (e.g elle est riche, il est noble), peut disparaître. Le mariage d’amour, et toute une société fondée sur l’hédonisme sexuel, c’est le contraire du libéralisme qui défend l’intérêt avant la passion.)
Jusqu’en 1970, l’âge du mariage baisse et le taux de mariage montent. Puis entre 70’s et 90’s, le taux de divorce triple, l’âge moyen passe de 25 à 28 ans (hommes).
En 1975, la famille a résisté à la tempête de Mai 68 qui voulait abolir le cadre familial : enfants élevés en commun, communauté sexuelle, budget cuisine collectif ; abolition de la jalousie ; tout cela a échoué très vite.
Auparavant, la durée d’un mariage moyen était de quinze ans. La marâtre venait remplacer la mère souvent décédée en couche ; image disparue avec la belle-mère, et le passage d’une famille à l’autre.
Ce n’est plus la « cohabition » qui fait le couple : le fait de pouvoir reconnaître des enfants de plusieurs femmes est désormais possible—cela rend la polygamie tolérée. C’est la mère qui devient centrale dans la vie d’un enfant ; l’anxiété que le père soit légalement celui qui « tient le lit » disparaît.
La production de disques quintuple entre 1960 et 1980. Production de cassettes est multipliée par 16 entre 70 et 80. Tendance globale : on se détourne des grandes institutions, on crée des associations, participent à des groupes, etc. à l’échelle locale.
7% des foyers ont un piano en 1990.
En même temps que les « humanités » disparaissent, l’humanisme qui lui est lié aussi. La culture gréco-romaine, et la culture religieuse, ont disparu de l’enseignement ; au profit d’autre chose, des mathématiques. Caton, Achille, Horace, Phèdre, Cicéron… des références classiques pour un bachelier de 1900, connues aujourd’hui des seuls spécialistes.
Le « style de vie sport » arrive dans les 80’s. Paris se classe en tête des villes où l’on pratique un sport, le plus souvent individuel (car plus bourgeois) ; contre la campagne où ce sont les sports d’équipe qui priment. Jogging et aérobic explosent dès les 80’s ; en même temps que les sports à risque, parapente, ski acrobatique. Le sport comme pratique sportive, orientée vers la compétition, ou le sport pour « rester en forme », pour soi.
On commente chaque coup à la pétanque, on ne parle pas au tennis. Laisser-aller contre retenue.
Les femmes parlent plus avec leurs parents qu’avec leurs amis. L’intimité modérée des urbains focalisent sur les amis et les parents, modèrent le rapport au voisinage. Les cadres, eux, préfèrent leurs amis aux parents, par un « engagement électif » rythmé par les associations et les spectacles.
« Les manières et les modes de vies es ouvriers décrits par Bourdieu sont en train de s’affadir. » Les budgets, par exemple, consacrés à la nourriture tendent à s’uniformiser, de 30 à 20 points d’écarts en dix ans.
Pour l’ouvrier, loisir veut dire repos. Pour le cadre, il signifie activité, bricolage, sport, etc.
Les valeurs morales : diversité pour l’ensemble n’entraîne pas incertitude pour chacun. Volte-face idéologique de l’église : à la morale de l’échec fait place celle du plaisir : le travail n’est plus une malédiction mais l’occasion de « se réaliser ».
À partir de 65, les Français travaillent moins et font moins d’enfant ; ils profitent de leurs efforts.
Chômage, emploi féminin, espérance de vie, divorce : des métriques qui montent encore après 73.
Deux conflits : secteur public contre privé (réglé en 83) ; Église contre République vont s’éteindre. L’entreprise et le profit deviennent légitiment à partir de 83 ; le créateur d’entreprise est traité en héros (voir la publicité ? Messier, Séguéla ?)
1963 c’est : le nu dans les magazines, Nanterre qui ouvre, l’élection présidentielle, Vatican II, la grande surface.
La culture populaire est morte. Les valeurs de la bourgeoisie inondent partout.
L’agriculteur, en 45, ne prenait pas de crédit pour faire fructifier son entreprise—c’était mal vu d’être « en dette ». La paysannerie était anti-progrès, méfiante à l’égard de la technique etc. Une série de formation a lieu pendant les 50’s et 60’s pour apprendre la bonne gestion économique. Tout est fait en autoconsommation, il n’y a pas d’argent qui circule, si ce n’est pour gérer les successions. (Pas de salariat, payé une fois l’an car aucun coût fixe, aucun dépense.)
Le prolétariat naît véritablement qu’après 1900 en France (un siècle après l’Angleterre, un demi-siècle après l’Allemagne). La conscience de classe remplace le sentiment d’appartenance à « un métier ». C’est une force politique à partir des 50’s—en 36 les ouvriers ne sont pas encore massivement syndicalisés, ils le deviendront suite à 36, pas avant. Le prolétariat décrit par Marx n’existe que sur deux générations en France : dès les 80’s, les ouvriers ont des boulots proches de l’employé, pas d’efforts physiques, salariat, cantine, etc. Les immigrés prennent le relais, et ils obéissent à des formes très différentes du cliché ouvrier-syndicalisés de la première génération (entre-deux guerre).
Le mode de vie bourgeois répond à des règles écrites, tangibles, publiées dans des livres. Le nombre de domestiques est l’indication la plus claire du rang. On veut en avoir beaucoup pour ne rien faire soi-même, se donner en spectacle.
-> Énorme différence avec l’ère des robots, de l’optimisation, du gâchis que serait d’avoir des domestiques pour des bourgeois d’aujourd’hui. Il n’y a plus de bourgeois car il n’y a plus de tradition ? Non, car les paysans répondaient aussi à des traditions, au contraire il y a une légèreté par rapport aux règles qui est commune à tous.
« Une classe tout occupée de son loisir et de son confort. » Il faut en mettre plein la vue, le plus possible. « Bien vivre avec ostentation. »
-> cf. Instagram et la diffusion du « cool » e.g des endroits où il faut être, du FOMO, etc. Toujours être à la mode, au dernier-cri. Finalement un genre de snobisme qui a conquis le monde entier ; être « dans le coup » et s’observer les uns les autres pour savoir qui désir quoi, qui porte quoi, qui voyage où etc.
La mobilité sociale, c’est de devenir instituteur et d’offrir à ses enfants une plus grande carrière encore. Pompidou, Chirac, Armand (SNCF), etc.
La classe moyenne, dit déjà Simmel, déjoue le conflit marxiste. La classe moyenne opère la synthèse, permet aux uns et aux autres de s’y retrouver, donc nie l’antagonisme fondamental. Cela arrive plus tôt aux USA qu’en France.
Le barbecue remplace le dîner bourgeois : dehors et non dedans ; pas de distinction entre producteur et consommateurs, on mange les brochettes qu’on fait cuire ; habits informels ; hommes et femmes, vieux et jeunes tous assis ensemble de façon négligés, sans ordre, on se lève et on se rassoit. Le désordre est apparent mais l’ordre règne ; rôle de la femme (cuisine, salade) et celui de l’homme (faire cuire) ; décor pas du tout improvisé.
La durée de diffusion d’un prénom à la mode est passé de 37 ans à 13 ans en un siècle. Cela pour démontrer que le temps de circulation des modes est plus court, donc que c’est moins hiérarchique qu’horizontal.
Depuis 62, l’anti-militarisme n’est plus une forme de débat politique. L’armée n’est plus un sujet.
Auparavant, l’église c’était quatre chose : baptême, communion, mariage, enterrement. On passe de 92% à 50% entre 60’s et 90’s.
Quitter le P.C.F, c’était rompre avec tous les liens sociaux ; se couper d’un monde (clinique, presse, vacances, réunions, etc.) d’un seul coup. Absolument pas tenable : on comprend que l’idéologie ait résisté aussi longtemps, par la force des choses, du social.
-> De même, adhérer au FN aujourd’hui—ou sortir de l’Église avant le XXème—c’est rompre avec tous les liens sociaux, famille, couple, amis, médias, culture, travail, etc. La pensée-unique dépasse très rapidement le débat idéologique, elle rend « invivable » le fait de changer d’opinion.
À partir de 68, on préfère l’hédonisme au moralisme ; les ouvriers cherchent à se différencier des nouveaux pauvres et du « quart monde » ; le misérabilisme est perçu comme mensonger ; le P.C.F devient une secte, soucieuse de protéger ses membres.
Le pouvoir politique se fiche bien des universités, les bâtiments ressemblent à des HLM et n’ont pas grossit alors que la population étudiante a doublé entre 70’s et 80’s.
Le nombre d’élections augmente, avec l’Europe et les régionales. Avant 81, Mitterrand critiquait encore le mode d’élection du président au suffrage universel ; une fois qu’il a pris le pouvoir ainsi, les Français ont accepté ce mode de scrutin.
(L’amour libertaire n’est justement pas « ultra-libéral » comme le dit Houellebecq. Un mariage d’amour, c’est placer autre chose que l’intérêt comme ciment du couple ; d’où la hausse des divorces car la passion, contrairement à l’intérêt (e.g elle est riche, il est noble), peut disparaître. Le mariage d’amour, et toute une société fondée sur l’hédonisme sexuel, c’est le contraire du libéralisme qui défend l’intérêt avant la passion.)
Jusqu’en 1970, l’âge du mariage baisse et le taux de mariage montent. Puis entre 70’s et 90’s, le taux de divorce triple, l’âge moyen passe de 25 à 28 ans (hommes).
En 1975, la famille a résisté à la tempête de Mai 68 qui voulait abolir le cadre familial : enfants élevés en commun, communauté sexuelle, budget cuisine collectif ; abolition de la jalousie ; tout cela a échoué très vite.
Auparavant, la durée d’un mariage moyen était de quinze ans. La marâtre venait remplacer la mère souvent décédée en couche ; image disparue avec la belle-mère, et le passage d’une famille à l’autre.
Ce n’est plus la « cohabition » qui fait le couple : le fait de pouvoir reconnaître des enfants de plusieurs femmes est désormais possible—cela rend la polygamie tolérée. C’est la mère qui devient centrale dans la vie d’un enfant ; l’anxiété que le père soit légalement celui qui « tient le lit » disparaît.
La production de disques quintuple entre 1960 et 1980. Production de cassettes est multipliée par 16 entre 70 et 80. Tendance globale : on se détourne des grandes institutions, on crée des associations, participent à des groupes, etc. à l’échelle locale.
7% des foyers ont un piano en 1990.
En même temps que les « humanités » disparaissent, l’humanisme qui lui est lié aussi. La culture gréco-romaine, et la culture religieuse, ont disparu de l’enseignement ; au profit d’autre chose, des mathématiques. Caton, Achille, Horace, Phèdre, Cicéron… des références classiques pour un bachelier de 1900, connues aujourd’hui des seuls spécialistes.
Le « style de vie sport » arrive dans les 80’s. Paris se classe en tête des villes où l’on pratique un sport, le plus souvent individuel (car plus bourgeois) ; contre la campagne où ce sont les sports d’équipe qui priment. Jogging et aérobic explosent dès les 80’s ; en même temps que les sports à risque, parapente, ski acrobatique. Le sport comme pratique sportive, orientée vers la compétition, ou le sport pour « rester en forme », pour soi.
On commente chaque coup à la pétanque, on ne parle pas au tennis. Laisser-aller contre retenue.
Les femmes parlent plus avec leurs parents qu’avec leurs amis. L’intimité modérée des urbains focalisent sur les amis et les parents, modèrent le rapport au voisinage. Les cadres, eux, préfèrent leurs amis aux parents, par un « engagement électif » rythmé par les associations et les spectacles.
« Les manières et les modes de vies es ouvriers décrits par Bourdieu sont en train de s’affadir. » Les budgets, par exemple, consacrés à la nourriture tendent à s’uniformiser, de 30 à 20 points d’écarts en dix ans.
Pour l’ouvrier, loisir veut dire repos. Pour le cadre, il signifie activité, bricolage, sport, etc.
Les valeurs morales : diversité pour l’ensemble n’entraîne pas incertitude pour chacun. Volte-face idéologique de l’église : à la morale de l’échec fait place celle du plaisir : le travail n’est plus une malédiction mais l’occasion de « se réaliser ».
mardi 2 mai 2017
Chronique XIV
Titres : Pendant qu’ils s’amusent. Pauvre en monde. À la gauche de l’homme. À l’assaut du ciel. L’esprit bourgeois.
Pareto a raison contre Marx. Bien sûr qu’il y a des conflits, un « dialogisme » dirait Mises, mais ces conflits ont lieu entre tous pour accéder à l’aristocratie. « L’histoire est un cimetière d’aristocratie. » Les intérêts sont opposés, antagonistes, et, pour le coup, dans le champs du politique, le jeu est à somme nulle—c’est justement pour cela qu’il faut annihiler le politique, car sa dimension « conflictuelle » fait du mal l’économie et laisse à penser que la lutte antagoniste est la même partout.
Le discours culturel est au service de l’ordre. (Oui, mais quel ordre ?)
Poétique de Dieudonné. Le rôle du narrateur dans ses sketchs. Post-modernisme. Autofiction. Distance d'avec les personnages. Présentation de ses sketchs. Le rapport du showman à ses personnages. Au pupitre. Les plateaux TV (avec accents). Rapport aux spectateurs.
En relisant _Les particules_ ce qui me choque c’est la quantité d’informations qui arrive dans la première partie (100 pages), sur toutes les familles, les histoires personnelles des uns et des autres ; par exemple le rôle du gourou charismatique dont Houellebecq nous donne une brève biographie, à lui aussi. Il y a très peu de longues scènes, tout est expédié en un paragraphe ou deux, en 100 pages on brasse l’enfance atroce puis l’adolescence de Michel et Bruno, la vie de leur famille, l’apparition d’Annabelle, la mort de la grand-mère etc. Allure sidérante du récit. La première occurence d’une « thèse » sur la société post-industrielle et post-68 arrive au moment où Bruno pose sa main sur la cuisse d’une fille qui le repousse gentiment : deux pages sur ce que les jeunes filles doivent attendre de l’amour en 1960-70, les discours contradictoires, les magazines féminins.
À l’inverse, le début de _L’immortalité_ c’est lent, ça part tout de suite dans des considérations sur les gestes, sur l’ordinateur du Créateur, sur le paradis, sur l’unicité des Hommes, tout cela alors qu’Agnès est seulement allée au sauna un samedi matin. Les thèmes sont déjà là, Napoléon, son père, sa sœur, son mari avec qui elle veut la paix, sa détestation des femmes complices.
S’il reste de la xénophobie, c’est parce qu’il y a des personnes avec qui on ne peut rien échanger. Puisque comme le dit Voltaire, le commerce adoucit les mœurs, les « immigrés » sont détestés parce qu’ils n’ont rien à vendre ; parce qu’ils ne s’inscrivent pas dans le commerce mais dans le vol ou le du. Le problème, c’est donc l’idéologie qui a empêché certaines nations de devenir capitalistes et marchandes, donc d’avoir un rapport pacifié que seul le commerce permet de développer. Ce n’est pas en faisant des concerts de charité ou de tolérance, mais en commerçant avec les populations nord-africaines qu’on adoucira les mœurs en France. D’où la raison pour laquelle le rapport à l’Asie est pacifié, il y a du commerce. Or la grande littérature, c’est justement celle qui est la plus proche du commerce, celle qui atteint l’état de séduction absolu, l’état de ruse commerçante, cf. Rimbaud continue la poésie par d’autres moyens. C’est pour cela que l’humour compte, car l’humour nécessite le rire de l’autre, e.g la circulation et l’horizontal.
Bégaudeau sur Mick Jagger et Carrère sur K. Dick : les deux y découvrent la recette pour leurs grands succès à venir, e.g la littérature du « contenu » ; le passage par le documentaire les amènent à créer une forme neuve.
Vertical / Horizontal. L’argent est relatif. L’écriture, la littérature, la pensée, sont verticales — le verbe poétique a une valeur en-soi ; l’argent n’a pas de valeur en-soi, mais justement relativement à ce qu’en pensent les gens. « Le verbe poétique est le contraire d’un verbe de monnaie. » Entre ce qui circule et ce qui ne circule pas, cf. Badiou. Haine de la circulation. Or, la langue peut être défendue qu’à partir du moment où elle séduit le monde, cf. Célimène dans le Misanthrope. L’argent prend de la valeur quand il s’incarne (le spectacle), d’où la haine du signe extérieur de richesse. Il n’y a pas de « séduction » dans le livre.
L’immortalité, Kundera. « C’était ses contemporains, il ne les avait pas choisis. » (p. 131)
Sancho Pança et Bloom. Deux héros littéraires « moyens » et petit-bourgeois, sans « grands sentiments », sans romantisme.
Les femmes s’occupent le dimanche soir en organisant les prochaines vacances.
Le pire est peut-être l’imbécile qui se sent guéri. Il ne se remettra plus jamais en cause.
Ils nous disent « luttons contre l’homme tiède » depuis toujours, les nostalgiques des extrémistes, les anti-bourgeois.
Apprendre à ne pas travailler. Apprendre le détachement.
Maltraitance dans l’enfance. Que chacun a eu une enfance difficile. Qu'un enfant peut se croire maltraité mais en fait non. Qu'un parent puisse s'en vouloir pour rien.
L’humour consiste à rendre XYZ ambigu.
Plus que « radicale », une œuvre doit être clivante.
Debray : L'ennui c'est qu'on ne meurt pas pour un logiciel. Pas comme pour la Foi. Le génie est local. Or il n'y a plus de lieu.
Leroi-Gourhan : Penser le squelette comme un outil.
Less things is better than organized things.
Chez Beckett, la dépression rapproche d'une profondeur d’esprit. Chez Houellebecq non, il n’y a aucun lien entre les deux.
Todd visionnaire ? « La survie à long terme du Front National me paraît tout à fait aberrante. » (1988)
Baudrillard, Amérique. « La liberté c'est de circuler pour circuler. Les pauvres gens d'URSS le savent… ils ne désirent que ça, la circulation sans raison. » Agir selon la mode ou selon la morale : être libre, c'est être soumis aux modes (des vêtements à l'opinion), plutôt qu'à la morale.
Emmanuel Carrère : « Un livre où la sexualité n'a pas sa place me parait étrange. » Il faut décrire une sexualité assez banale, pour une approche sécularisé du sexe, contre le ricanement, contre la gêne, mais aussi contre la transgression que porterait en soi la sexualité, cf. Bataille. Non, la sexualité est cette chose banale, triviale, aussi triviale que de suivre l'actualité, que d'aller au travail, c'est en-nous, c'est à l'inverse de la transgression.
Pourquoi ne suis-je pas de gauche ?
Enfant du déclassement, je n’ai pas de mauvaise conscience bourgeoise, je ne voue pas de culte aux pauvres. Mais nous n’étions bien sûr pas assez pauvre pour que je devienne anti-bourgeois par ressentiment - cf. Louis et tant d'autres. Ce juste milieu est en fait assez rare parmi les intellectuels—tout simplement parce que c’est dur de se mettre à écrire pour un déclassé, castré de toutes parts, ni revanche, ni confiance en soi.
Pourquoi je ne parle pas politique ?
Le programme d'un candidat repose sur de l'argent qui est emprunté, par définition, rien n'a de sens, car on ne connait pas le montant « disponible » des caisses publiques, on ne peut donc pas comparer sur un pied d'égalité les politiques économiques — car tout repose sur du vent.
La politique est quelque chose de très violent. Les camps souhaitent exclure des Français d'autres camps : le PS veut exclure des décisions politiques des millions de gens qui votent FN, et vice-versa bien sûr.
La centralisation, l’aspect limitatif et peu représentatif de la politique est tellement loin de ce qu'est le marché économique—qui permet à des niches d'exister—que je n’y trouve que du dégoût.
Pourquoi je n’aime pas les séries TV ?
Je n'aime pas les séries car je ne sais pas à quoi me référer, c'est de l'image pure, infinie, sans contraintes formelles ou temporelles. La série TV n'est pas déjà institué comme un art, et à ce titre ne m’intéresse pas, car il n'y a pas de contraintes formelles existantes. Les mini-séries façon « Petit Quinquin » ou « True Détective », si amusantes et entertaining qu’elles soient, à quoi doivent-elles être comparées ? — À la série des « Before », ou des Doinel ?
L’éducation du pianiste ? Ce qui compte pour un musicien, c'est la technique et la mémoire. Le travail du jeune pianiste se diviser entre les répétitions de passages techniques, et la mémorisation du morceau. Certains sont meilleurs en mémorisation que d’autres, et cela les aide, alors que ce n’est pas à strictement parler un « talent musical » supérieur.
Génération 1998. Houellebecq parle, en 2006, de la génération des écrivains apparus dans les années 1990. Cela débute avec, en 1994, _Cantiques de la racaille_ (Ravalec) et _Extension._ Ensuite Houellebecq évoque la mort de Dustan (être lumineux et extrême), puis de Muray (qui n’avait peur de personne) ; ces disparitions le touchent. Il faut saluer le travail de « J’ai Lu » et « Librio » qui furent réactifs. Et bien sûr de mentionner la littérature de genre, la sci-fi et la « série noire » : même si seul Dantec y a publié, en vérité, tous furent biberonnés par cette littérature. (cf. _Sortir du XXème siècle_ du même M.H qui prédit que seul cette littérature fera date, dans l’histoire littéraire future.)
Ils auraient pu faire quelque chose vers 1998, dit Houellebecq, mais désormais en 2006 c’est trop tard ; personne n’a su succéder à Sorin chez Flammarion ; Beigbeder n’y est resté que deux ans. Cela rappelle ce dont parle Dustan dans son _Dernier roman._ Il n’arrête pas de nommer : Despentes, Angot, Ravalec, Beigbeder, Houellebecq. Il faudrait peut-être écrire un texte sur tous ces gens là.
Revel, à propos de la France : ce n’est pas qu’on préfère l’égalité à la liberté, car les USA ont plus de liberté et plus d’égalité tout à la fois (par définition). C’est qu’on tolère les inégalités faites par l’État (e.g décidées par une instance, incarnées, auprès de laquelle on peut s’indigner, donc, cf. ce que dit Hayek de la « justice sociale »), et non les inégalités produites par le marché.
Karl Kraus. Le travail du satiriste consiste à faire entendre à ses lecteurs (et, au cours des soirées de lecture, à ses auditeurs) cette corruption de la langue, à leur faire prendre conscience de l'abîme qui sépare la langue de Goethe de celle de Goebbels là où ils ne perçoivent entre les deux aucune solution de continuité. L'une des armes privilégiées de Kraus pour atteindre cet objectif est la citation.
En 1899, Kraus prend parti pour la « toute nouvelle psychologie » que Sigmund Freud est alors en train d'élaborer (L'interprétation des rêves est publié à la fin de la même année.) Ses travaux rejoignent l'un de ses combats de l'époque contre la pénalisation de l'homosexualité, et de façon plus générale en vue de dissocier la sexualité du statut d'exception où l'a reléguée la morale bourgeoise.
Le roman de Salinger introduit le monde de l’adolescence contre celui des adultes ; c’est une préfiguration du rock, du punk etc. À la fin, même son vieux professeur lui caresse les cheveux, avec un soupçon de pédophilie, et le héros s’enfuit ; c’est bien le monde adulte qui est condamné, il n’y a personne à sauver.
La sociologie est incapable de penser notre société. Il n’y a plus de classes sociales. Il n’y a plus d’habitus qui ne change deux fois en dix ans seulement. Comme la psychanalyse, la sociologie va mourir ; et c’est tant mieux.
Pareto a raison contre Marx. Bien sûr qu’il y a des conflits, un « dialogisme » dirait Mises, mais ces conflits ont lieu entre tous pour accéder à l’aristocratie. « L’histoire est un cimetière d’aristocratie. » Les intérêts sont opposés, antagonistes, et, pour le coup, dans le champs du politique, le jeu est à somme nulle—c’est justement pour cela qu’il faut annihiler le politique, car sa dimension « conflictuelle » fait du mal l’économie et laisse à penser que la lutte antagoniste est la même partout.
Le discours culturel est au service de l’ordre. (Oui, mais quel ordre ?)
Poétique de Dieudonné. Le rôle du narrateur dans ses sketchs. Post-modernisme. Autofiction. Distance d'avec les personnages. Présentation de ses sketchs. Le rapport du showman à ses personnages. Au pupitre. Les plateaux TV (avec accents). Rapport aux spectateurs.
En relisant _Les particules_ ce qui me choque c’est la quantité d’informations qui arrive dans la première partie (100 pages), sur toutes les familles, les histoires personnelles des uns et des autres ; par exemple le rôle du gourou charismatique dont Houellebecq nous donne une brève biographie, à lui aussi. Il y a très peu de longues scènes, tout est expédié en un paragraphe ou deux, en 100 pages on brasse l’enfance atroce puis l’adolescence de Michel et Bruno, la vie de leur famille, l’apparition d’Annabelle, la mort de la grand-mère etc. Allure sidérante du récit. La première occurence d’une « thèse » sur la société post-industrielle et post-68 arrive au moment où Bruno pose sa main sur la cuisse d’une fille qui le repousse gentiment : deux pages sur ce que les jeunes filles doivent attendre de l’amour en 1960-70, les discours contradictoires, les magazines féminins.
À l’inverse, le début de _L’immortalité_ c’est lent, ça part tout de suite dans des considérations sur les gestes, sur l’ordinateur du Créateur, sur le paradis, sur l’unicité des Hommes, tout cela alors qu’Agnès est seulement allée au sauna un samedi matin. Les thèmes sont déjà là, Napoléon, son père, sa sœur, son mari avec qui elle veut la paix, sa détestation des femmes complices.
S’il reste de la xénophobie, c’est parce qu’il y a des personnes avec qui on ne peut rien échanger. Puisque comme le dit Voltaire, le commerce adoucit les mœurs, les « immigrés » sont détestés parce qu’ils n’ont rien à vendre ; parce qu’ils ne s’inscrivent pas dans le commerce mais dans le vol ou le du. Le problème, c’est donc l’idéologie qui a empêché certaines nations de devenir capitalistes et marchandes, donc d’avoir un rapport pacifié que seul le commerce permet de développer. Ce n’est pas en faisant des concerts de charité ou de tolérance, mais en commerçant avec les populations nord-africaines qu’on adoucira les mœurs en France. D’où la raison pour laquelle le rapport à l’Asie est pacifié, il y a du commerce. Or la grande littérature, c’est justement celle qui est la plus proche du commerce, celle qui atteint l’état de séduction absolu, l’état de ruse commerçante, cf. Rimbaud continue la poésie par d’autres moyens. C’est pour cela que l’humour compte, car l’humour nécessite le rire de l’autre, e.g la circulation et l’horizontal.
Bégaudeau sur Mick Jagger et Carrère sur K. Dick : les deux y découvrent la recette pour leurs grands succès à venir, e.g la littérature du « contenu » ; le passage par le documentaire les amènent à créer une forme neuve.
Vertical / Horizontal. L’argent est relatif. L’écriture, la littérature, la pensée, sont verticales — le verbe poétique a une valeur en-soi ; l’argent n’a pas de valeur en-soi, mais justement relativement à ce qu’en pensent les gens. « Le verbe poétique est le contraire d’un verbe de monnaie. » Entre ce qui circule et ce qui ne circule pas, cf. Badiou. Haine de la circulation. Or, la langue peut être défendue qu’à partir du moment où elle séduit le monde, cf. Célimène dans le Misanthrope. L’argent prend de la valeur quand il s’incarne (le spectacle), d’où la haine du signe extérieur de richesse. Il n’y a pas de « séduction » dans le livre.
L’immortalité, Kundera. « C’était ses contemporains, il ne les avait pas choisis. » (p. 131)
Sancho Pança et Bloom. Deux héros littéraires « moyens » et petit-bourgeois, sans « grands sentiments », sans romantisme.
Les femmes s’occupent le dimanche soir en organisant les prochaines vacances.
Le pire est peut-être l’imbécile qui se sent guéri. Il ne se remettra plus jamais en cause.
Ils nous disent « luttons contre l’homme tiède » depuis toujours, les nostalgiques des extrémistes, les anti-bourgeois.
Apprendre à ne pas travailler. Apprendre le détachement.
Maltraitance dans l’enfance. Que chacun a eu une enfance difficile. Qu'un enfant peut se croire maltraité mais en fait non. Qu'un parent puisse s'en vouloir pour rien.
L’humour consiste à rendre XYZ ambigu.
Plus que « radicale », une œuvre doit être clivante.
Debray : L'ennui c'est qu'on ne meurt pas pour un logiciel. Pas comme pour la Foi. Le génie est local. Or il n'y a plus de lieu.
Leroi-Gourhan : Penser le squelette comme un outil.
Less things is better than organized things.
Chez Beckett, la dépression rapproche d'une profondeur d’esprit. Chez Houellebecq non, il n’y a aucun lien entre les deux.
Todd visionnaire ? « La survie à long terme du Front National me paraît tout à fait aberrante. » (1988)
Baudrillard, Amérique. « La liberté c'est de circuler pour circuler. Les pauvres gens d'URSS le savent… ils ne désirent que ça, la circulation sans raison. » Agir selon la mode ou selon la morale : être libre, c'est être soumis aux modes (des vêtements à l'opinion), plutôt qu'à la morale.
Emmanuel Carrère : « Un livre où la sexualité n'a pas sa place me parait étrange. » Il faut décrire une sexualité assez banale, pour une approche sécularisé du sexe, contre le ricanement, contre la gêne, mais aussi contre la transgression que porterait en soi la sexualité, cf. Bataille. Non, la sexualité est cette chose banale, triviale, aussi triviale que de suivre l'actualité, que d'aller au travail, c'est en-nous, c'est à l'inverse de la transgression.
Pourquoi ne suis-je pas de gauche ?
Enfant du déclassement, je n’ai pas de mauvaise conscience bourgeoise, je ne voue pas de culte aux pauvres. Mais nous n’étions bien sûr pas assez pauvre pour que je devienne anti-bourgeois par ressentiment - cf. Louis et tant d'autres. Ce juste milieu est en fait assez rare parmi les intellectuels—tout simplement parce que c’est dur de se mettre à écrire pour un déclassé, castré de toutes parts, ni revanche, ni confiance en soi.
Pourquoi je ne parle pas politique ?
Le programme d'un candidat repose sur de l'argent qui est emprunté, par définition, rien n'a de sens, car on ne connait pas le montant « disponible » des caisses publiques, on ne peut donc pas comparer sur un pied d'égalité les politiques économiques — car tout repose sur du vent.
La politique est quelque chose de très violent. Les camps souhaitent exclure des Français d'autres camps : le PS veut exclure des décisions politiques des millions de gens qui votent FN, et vice-versa bien sûr.
La centralisation, l’aspect limitatif et peu représentatif de la politique est tellement loin de ce qu'est le marché économique—qui permet à des niches d'exister—que je n’y trouve que du dégoût.
Pourquoi je n’aime pas les séries TV ?
Je n'aime pas les séries car je ne sais pas à quoi me référer, c'est de l'image pure, infinie, sans contraintes formelles ou temporelles. La série TV n'est pas déjà institué comme un art, et à ce titre ne m’intéresse pas, car il n'y a pas de contraintes formelles existantes. Les mini-séries façon « Petit Quinquin » ou « True Détective », si amusantes et entertaining qu’elles soient, à quoi doivent-elles être comparées ? — À la série des « Before », ou des Doinel ?
L’éducation du pianiste ? Ce qui compte pour un musicien, c'est la technique et la mémoire. Le travail du jeune pianiste se diviser entre les répétitions de passages techniques, et la mémorisation du morceau. Certains sont meilleurs en mémorisation que d’autres, et cela les aide, alors que ce n’est pas à strictement parler un « talent musical » supérieur.
Génération 1998. Houellebecq parle, en 2006, de la génération des écrivains apparus dans les années 1990. Cela débute avec, en 1994, _Cantiques de la racaille_ (Ravalec) et _Extension._ Ensuite Houellebecq évoque la mort de Dustan (être lumineux et extrême), puis de Muray (qui n’avait peur de personne) ; ces disparitions le touchent. Il faut saluer le travail de « J’ai Lu » et « Librio » qui furent réactifs. Et bien sûr de mentionner la littérature de genre, la sci-fi et la « série noire » : même si seul Dantec y a publié, en vérité, tous furent biberonnés par cette littérature. (cf. _Sortir du XXème siècle_ du même M.H qui prédit que seul cette littérature fera date, dans l’histoire littéraire future.)
Ils auraient pu faire quelque chose vers 1998, dit Houellebecq, mais désormais en 2006 c’est trop tard ; personne n’a su succéder à Sorin chez Flammarion ; Beigbeder n’y est resté que deux ans. Cela rappelle ce dont parle Dustan dans son _Dernier roman._ Il n’arrête pas de nommer : Despentes, Angot, Ravalec, Beigbeder, Houellebecq. Il faudrait peut-être écrire un texte sur tous ces gens là.
Revel, à propos de la France : ce n’est pas qu’on préfère l’égalité à la liberté, car les USA ont plus de liberté et plus d’égalité tout à la fois (par définition). C’est qu’on tolère les inégalités faites par l’État (e.g décidées par une instance, incarnées, auprès de laquelle on peut s’indigner, donc, cf. ce que dit Hayek de la « justice sociale »), et non les inégalités produites par le marché.
Karl Kraus. Le travail du satiriste consiste à faire entendre à ses lecteurs (et, au cours des soirées de lecture, à ses auditeurs) cette corruption de la langue, à leur faire prendre conscience de l'abîme qui sépare la langue de Goethe de celle de Goebbels là où ils ne perçoivent entre les deux aucune solution de continuité. L'une des armes privilégiées de Kraus pour atteindre cet objectif est la citation.
En 1899, Kraus prend parti pour la « toute nouvelle psychologie » que Sigmund Freud est alors en train d'élaborer (L'interprétation des rêves est publié à la fin de la même année.) Ses travaux rejoignent l'un de ses combats de l'époque contre la pénalisation de l'homosexualité, et de façon plus générale en vue de dissocier la sexualité du statut d'exception où l'a reléguée la morale bourgeoise.
Le roman de Salinger introduit le monde de l’adolescence contre celui des adultes ; c’est une préfiguration du rock, du punk etc. À la fin, même son vieux professeur lui caresse les cheveux, avec un soupçon de pédophilie, et le héros s’enfuit ; c’est bien le monde adulte qui est condamné, il n’y a personne à sauver.
La sociologie est incapable de penser notre société. Il n’y a plus de classes sociales. Il n’y a plus d’habitus qui ne change deux fois en dix ans seulement. Comme la psychanalyse, la sociologie va mourir ; et c’est tant mieux.
L'esprit bourgeois 2
# Elias « Civilisation des mœurs »
C’est plus dur, dès le XVIIIème, d’accéder à la Cour en Allemagne qu’en France, pour un intellectuel issu de la bourgeoisie (Kant, Fichte). Seul Goethe a réussi à atteindre la Cour ; dont les murs sont pourtant plus hauts qu’en France. Cela explique pourquoi la tradition intellectuelle en Allemagne est restée plus proche de la classe moyenne, petit-bourgeoise, qu’en France où les intellectuels furent accueillis facilement à la Cour (Diderot, Voltaire). C’est aussi parce que la Cour en Allemagne était beaucoup plus pauvre ; et avait donc moins de « pouvoir ». (p. 47)
La Cour allemande trouvait « bourgeoise » l’attitude nationaliste, pro-allemande ; tout le monde y parle le français. Aimer l’Allemagne, au XVIIIe, c’est bon pour les instituteurs.
L’université allemande est le centre d’opposition « bourgeois » à la Cour. L’impuissance politique et économique de la bourgeoisie allemande l’oblige à se replier sur les œuvres de l’esprit, littéraire ou scientifique. (On ne leur laisse pas faire de commerce ; il s’agit donc de s’élever par l’esprit — contrairement à la bourgeoisie française.) D’où la séparation entre Kultur (l’esprit) et Zivilisation (le politique, le social). On défend la Kultur en Allemagne car ce fut longtemps le seul domaine où la bourgeoisie était libre d’opérée — à l’encontre des nobles.
Goethe admet lui même que Paris offre la possibilité qu’un jeune homme puisse avoir du talent (ex. Mérimé) car la ville rassemble tous les génies depuis des siècles. Cela est impossible en Allemagne où chacun travaille depuis sa solitude. À Paris, la conversation sert à faire passer les idées ; en Allemagne, c’est le livre.
# Youtube
Sur Youtube, la gestion du féminisme. Il y a des youtubeuses qui pensent que c’est un combat politique ; d’autres plus simplement veulent inspirer d’autres à se lancer, e.g créer de la confiance en soi pour les filles qui regardent, pour parler d’autres sujets.
Est-ce que ça met des complexes d’avoir des commentaires pervers tous les jours ?
« La meuf bonne, elle doit fermer sa gueule ; la meuf moche elle est moche donc on l’écoute même pas. »
Youtubeuse « geek et moche » ou « queer » ou « beauté » ou « la Noire qui lutte ».
Compilation des commentaires critiques dans un livre, et vente du livre au profit d’une association gauchiste.
On ne se souvient que du commentaire « mauvais », les détracteurs sont solidaires entre eux.
# Guilluy « Fractures françaises »
Les deux gros électorats, en France, ce sont 1. les fonctionnaires (gauche) et 2. les retraités (droite). Aucun d’eux ne fait face à la mondialisation. Ainsi s’explique cet espèce de bizarrerie, cette réticence à s’insérer dans le monde, ce « repli sur soi » qu’on associe à tort que au FN, mais qui touche tous les partis, bien malgré eux, e.g l’électorat.
Hier, la classe ouvrière était au cœur de l’action, des logiques politiques et culturelles, dans les villes. Aujourd’hui, les ouvriers + employés qui sont majoritaires, sont à l’écart des grandes métropoles (seule 40% de la population).
Une gauche non-protectionniste (Hollande), ou une gauche immigrationniste (Mélenchon) : voilà pourquoi Guilluy se retrouve tout seul dans son camp. Comment parler aux classes populaires sans désespérer « boboland » ?
Pour les géographes travaillant sur les villes, le terme de « classe moyenne » veut dire blanc (sans le dire).
« La classe ouvrière est tombée sur la tête de Le Pen sans qu’il ne s’en aperçoive. » C’est l’électorat qui façonne les discours, et non l’inverse. C’est le FN qui a adapté son discours. Marine Le Pen cale son discours sur un électorat qui lui tombe donc dessus.
Quand la gauche entend « classe populaire » elle pense à l’immigration et aux banlieues ; or la majorité des classes populaires sont plus éloignée encore des métropoles et constituées d’ouvriers et employés.
C’est plus dur, dès le XVIIIème, d’accéder à la Cour en Allemagne qu’en France, pour un intellectuel issu de la bourgeoisie (Kant, Fichte). Seul Goethe a réussi à atteindre la Cour ; dont les murs sont pourtant plus hauts qu’en France. Cela explique pourquoi la tradition intellectuelle en Allemagne est restée plus proche de la classe moyenne, petit-bourgeoise, qu’en France où les intellectuels furent accueillis facilement à la Cour (Diderot, Voltaire). C’est aussi parce que la Cour en Allemagne était beaucoup plus pauvre ; et avait donc moins de « pouvoir ». (p. 47)
La Cour allemande trouvait « bourgeoise » l’attitude nationaliste, pro-allemande ; tout le monde y parle le français. Aimer l’Allemagne, au XVIIIe, c’est bon pour les instituteurs.
L’université allemande est le centre d’opposition « bourgeois » à la Cour. L’impuissance politique et économique de la bourgeoisie allemande l’oblige à se replier sur les œuvres de l’esprit, littéraire ou scientifique. (On ne leur laisse pas faire de commerce ; il s’agit donc de s’élever par l’esprit — contrairement à la bourgeoisie française.) D’où la séparation entre Kultur (l’esprit) et Zivilisation (le politique, le social). On défend la Kultur en Allemagne car ce fut longtemps le seul domaine où la bourgeoisie était libre d’opérée — à l’encontre des nobles.
Goethe admet lui même que Paris offre la possibilité qu’un jeune homme puisse avoir du talent (ex. Mérimé) car la ville rassemble tous les génies depuis des siècles. Cela est impossible en Allemagne où chacun travaille depuis sa solitude. À Paris, la conversation sert à faire passer les idées ; en Allemagne, c’est le livre.
# Youtube
Sur Youtube, la gestion du féminisme. Il y a des youtubeuses qui pensent que c’est un combat politique ; d’autres plus simplement veulent inspirer d’autres à se lancer, e.g créer de la confiance en soi pour les filles qui regardent, pour parler d’autres sujets.
Est-ce que ça met des complexes d’avoir des commentaires pervers tous les jours ?
« La meuf bonne, elle doit fermer sa gueule ; la meuf moche elle est moche donc on l’écoute même pas. »
Youtubeuse « geek et moche » ou « queer » ou « beauté » ou « la Noire qui lutte ».
Compilation des commentaires critiques dans un livre, et vente du livre au profit d’une association gauchiste.
On ne se souvient que du commentaire « mauvais », les détracteurs sont solidaires entre eux.
# Guilluy « Fractures françaises »
Les deux gros électorats, en France, ce sont 1. les fonctionnaires (gauche) et 2. les retraités (droite). Aucun d’eux ne fait face à la mondialisation. Ainsi s’explique cet espèce de bizarrerie, cette réticence à s’insérer dans le monde, ce « repli sur soi » qu’on associe à tort que au FN, mais qui touche tous les partis, bien malgré eux, e.g l’électorat.
Hier, la classe ouvrière était au cœur de l’action, des logiques politiques et culturelles, dans les villes. Aujourd’hui, les ouvriers + employés qui sont majoritaires, sont à l’écart des grandes métropoles (seule 40% de la population).
Une gauche non-protectionniste (Hollande), ou une gauche immigrationniste (Mélenchon) : voilà pourquoi Guilluy se retrouve tout seul dans son camp. Comment parler aux classes populaires sans désespérer « boboland » ?
Pour les géographes travaillant sur les villes, le terme de « classe moyenne » veut dire blanc (sans le dire).
« La classe ouvrière est tombée sur la tête de Le Pen sans qu’il ne s’en aperçoive. » C’est l’électorat qui façonne les discours, et non l’inverse. C’est le FN qui a adapté son discours. Marine Le Pen cale son discours sur un électorat qui lui tombe donc dessus.
Quand la gauche entend « classe populaire » elle pense à l’immigration et aux banlieues ; or la majorité des classes populaires sont plus éloignée encore des métropoles et constituées d’ouvriers et employés.
# Boltanski « Le nouvel esprit »
Hypocrisie bourgeoise : défendre le progrès scientifique et le conservatisme moral (la chasteté) en même temps ; la soif de profit et le moralisme. (Les deux sont-ils si antagonistes ?)
Insister sur la naissance du groupe des « cadres » à partir des 50’s avec les grandes entreprises ; de moins en moins familiales. L’esprit bourgeois à la Weber change avec les cadres, c’est la question que pose le livre.
Daniel Bell : dans les 60’s aux USA émerge une contradiction entre les méthodes de travail « protestantes » et le mode de vie basé sur la jouissance et la satisfaction immédiate des désirs (démocratisation du crédit bancaire). L’hédonisme contre le labeur.
Plusieurs critiques du capitalisme : 1. Inauthenticité du genre de vie. 2. Oppression par une force impersonnelle. 3. Misère économique. 4. Égoïsme défaisant les liens sociaux.
La revue des « Temps Modernes » après guerre veut maintenir ensemble la critique sociale et artiste : concilier le moralisme des ouvriers et le libertinage aristocrate de l’avant-garde artistique. D’où la figure de Sade, entre 1940 et 1960, qui devient un passage obligé pour les écrivains, figure anti-bourgeois par excellence. Essayer d’éviter les deux écueils : la critique de l’individualisme conduisant au fascisme et la critique de l’oppression conduisant à l’anti-totalitarisme des néo-conservateurs des années 1980.
Apparaissent dans les 90’s : la critique de la hiérarchie par les cadres eux-mêmes, critiques des petits patrons gérant leur entreprise familiale. Aussi, l’arrivée des technologies et du rythme intensif du travail. « Surfer sur la vague » des technologie apparaît en 1990. « Apprendre aux géants à danser » est un livre par M. Kanter en 1992.
Dans les 60’s, l’Europe, les USA, l’URSS sont les trois exemples, puis apparaissent le Japon et les dragons asiatiques en 1980-90, puis après 1995 quelques autres pays comme le Brésil.
Le rêve de « l’entreprise maigre » dès les 90’s : le juste à temps, l’amélioration continue (Kaizen), la suppression des niveaux hiérarchiques. (Le Lean vient de là.) L’entreprise travaille en réseau, avec des prestataires, des sous-traitants. En 1994 la phrase « le véritable patron c’est le client ». Le leader possède la vision. Les salariés s’auto-forment et travaillent avec des gens différents. Le « manager » remplace le « cadre » dès les 80’s.
Dès 1995, la valeur repose sur la connexion de tout un chacun dans une firme. L’homme doit se créer lui-même, être autonome.
Les anciens gauchistes de 68 arrivent dans les firmes après 83 et le retour au capitalisme ; ils imposent leur vocable : ouverture, convivialité, rhizome, autonomie, spontanéité, créativité.
Le structuralisme en sciences humaines place le réseau au centre de ses théories ; comme le management ; à partir des 60’s. La _relation plus que la substance_ disent les théories. Les propriétés relationnelles dépassent les propriétés attachés aux êtres. (C’est la naissance de la « communication » de McLuhan à Latour et Serres.) Chez Deleuze, _la connexion constitue l’identité de l’être_ dans ce qu’il nomme « la rencontre ». Deleuze attaque donc la famille et l’État en ce qu’ils ont de clôt et de rigide, par les racines ou par le calcul. Cela s’oppose à la circulation nomade.
La figure du bourgeois change : il cesse d’être gros et lourd mais contraire devient nomade et léger. On le critique toujours autant, mais pour des raisons différences.
En 1975, des études sortent sur le « marginalisme » des jeunes qui ne veulent plus travailler : refus du patronat, mode de vie transitoire, flexible. (cf. Les freelances en 2010’s.)
Avec Chaban-Delmas, entre 69 et 72, le gouvernement répond aux critiques sociales, en axant sur la « sécurité » plus que sur « l’autonomie » donc. La critique artiste demande de l’autonomie, et des politiques individualiste sur l’amélioration des conditions de travail. La critique sociale demande des politiques holistiques, en cela de la « justice sociale » car elle privilégie un groupe de façon abstraite, sans égard aux efforts des uns et des autres, elle privilégie des individus en tant qu’ils appartiennent à un groupe dominé.
La critique sociale se transforme dans un dernier élan avec le marxisme-léninisme et le maoïsme (sur l’exploitation elle-même). La critique se mue ensuite en critique artiste avec les « nouveaux mouvements sociaux » illustrés par les groupes minoritaires, les écolos, les féministes, les LGBT, etc. (Puis, plus tard, les anti-totalitaires qui seront vraiment sur l’accomplissement de soi et non la paupérisation.)
À partir des 80’s, on s’intéresse plus aux exclus (mère seule, chômage longue durée, sans-papiers) ; et il s’agit de lutter pour les intégrer ou réinsérer à la classe moyenne.
En ce sens, il est exclu de la chaîne des « réseaux » sociaux qui font la société. Les connexions sont rompues (R. Castel et la désaffiliation).
Les restaurants du cœur ouvrent en 1985-86 avec Coluche.
L’exploitation : la richesse des uns et la pauvreté des autres sont connectées. Ils doivent donc vivre dans un monde en commun.
L’exploitation provient donc selon Boltanski de la mobilité des grands (particulièrement firmes financières) par rapport à l’immobilisme des petits. Les multinationales fonctionnent ainsi, et le _on-demand_ la livraison par la poste aussi.
Hausse des « indicateurs de l’anomie » (Durkheim) depuis les 80’s, avec une hausse forte des suicides entre 75 et 85 puis une baisse relative. Aussi, la consommation de tranquillisant depuis les 80’s.
L’autonomie n’est donc pas synonyme de bien-être.
L’authenticité dans notre rapport aux choses est en question.
L’accroissement de l’autonomie s’accompagne d’un contrôle par les pairs : le salarié est-il plus libre qu’avant ?
Les biens exotiques, comme le baladeur Walkman, permettent aux consommateurs de s’affranchir du temps et de l’espace. (Mais, ne peut s’empêcher d’ajouter Boltanski, ils demandent des plages horaires pour être maîtrisés, donc du temps.)
L’inauthentique : au début, on critique les bourgeois pour s’occuper des bonnes manières plutôt que de la vérité, des vrais sentiments et de la « sincérité » des sentiments. Ensuite, ce fut au tour de la standardisation et de la massification.
Critique de la massification. Démocratique : donner le pouvoir à la foule va favoriser les démagogues. Antifascistes : pourquoi les Allemands ont-il élu Hitler ? Médiatique : avec les 50’s, uniformisation des consommateurs : les biens sont standards et appellent le même usage, les travailleurs sont remplaçables dans le taylorisme.
Chez Heidegger (souci) et Sartre (projet), il s’agit pour l’homme d’accepter sa part de tragique, sa contingence, sa facticité ; et d’éviter de fuir l’angoisse en s’échappant à soi-même, en se repliant dans la consommation, donc la vie sérielle, inauthentique (le « on dit » chez Heidegger, la « mauvaise foi » chez Sartre).
Adorno et Horkheimer dès 1947 attaquent la société moderne qui voudrait tuer toutes les différences, la domination conformiste. Ils comparent les patrons de la publicité à des chefs de la propagande, au service des trusts. (Adorno critique Heidegger car, sous ses principes se cachent des concepts bourgeois comme la personnalité, l’intériorité, la conscience.)
Marcuse critique la « culture du drugstore » où Platon et Hegel côtoient les mêmes rayons les romans policiers. Le livre de Marcuse, publié un peu avant Mai 68, connait un succès tel qu’il doit être réimprimé plusieurs fois ; succès inattendu qui ne durera pas longtemps. « L’homme de la civilisation industrielle avancée est crétinisé et uniformisé par la production de masse et par le confort, devenu incapable d’accéder à l’expérience immédiate du monde, soumis à des besoins manipulés par d’autres. »
La réponse est rapide de la part de l’industrie, il s’agit de proposer des biens de plus en plus divers. Puis la critique va devenir moins ascétique, moins portée sur « le confort » que pendant Mai 68. (Même si l’écologisme arrive là…)
Les « renifleurs » qui doivent faire preuve d’intuition sur le marché, cf. les entrepreneurs tech aujourd’hui, arrivent dans le monde de la mode, de la musique, voir du tourisme, du design etc. Ils ne se reposent pas sur des modèles existants et peuvent donc, légitimement, créer de l’authentique. Avant 68, tous ces îlots d’authenticité (musique, bar, manière d’être) n’appartiennent pas encore à la sphère marchande.
Mais après la critique de l’inauthenticité de 68, arrivent des philosophes français qui déconstruisent cette notion. La quête de l’authenticité renverrait en fait à des conceptions fascisantes, « se trouver soi-même » etc. Bourdieu (1963) l’assimile à un ethos bourgeois qui critique la massification de son point de vue, aristocratique. Déconstruction du « goût authentique » en art selon Bourdieu : tout cela répond à des normes construites historiquement, au service d’une classe sociale. Derrida (1967) montre que la voix, contre l’écriture, a été gage d’authenticité depuis Rousseau. Deleuze et son « plan d’immanence » (1968) nie les hiérarchies et l’identité. Le Barthes de _Mythologies_ incarne aussi cette tentative de décrypter des stratégies, des signes, derrière des postures authentiques. Il s’agit toujours de dévoiler, depuis les coulisses, ce qui se présente au monde comme authentique.
Tout n’est plus que construction, code, spectacle ou simulacre.
Drôle de noter que Boltanski a l’intuition du « sharing » quand il énonce que l’homme doit être flexible et malléable, qu’il doit apprendre à se défaire de tout, y compris de ses biens—dans la quête à la connexion, au réseau etc. C’est ce qui arrivera avec Airbnb, et les problèmes moraux au début, qui ont vite laissé place à l’appât du gain et, par là, à la « moralisation » par le marché d’une relation à la propriété.
La psychothérapie peut aider à deux choses : à traiter le mal, ou à aider le malade à le gérer dans sa vie sociale.
80% des hommes entre 25 et 40 ans sont mariés en 1973, contre 54% en 1995.
Au XIXème siècle, l’embourgeoisement passe par l’épargne, la baisse de la fécondité et l’ouverture d’un commerce. Après 1945, on remplace la commerce par la scolarité, et donc l’épargne par le paiement des frais de scolarité pour les enfants.
Fin 1990, les supermarchés occupent 50% du marché alimentaire, contre 13% en 1970.
# Sloterdijk « Colère et temps »
La révolution, c’est l’idée d’un grand renversement, que les premiers seront les derniers.
Tocqueville raconte l’anecdote sur une servante qui, en 1848 alors que les canons de la bourgeoisie tirent sur le peuple, a esquissé un sourire en servant à table ; façon de se réjouir de l’action, ou d’imaginer que c’est bientôt Tocqueville qui la servira à table ?
Negri et les autres, après les désillusions de l’URSS, reprendre l’idée du sourire en tirant de chez Chaplin l’idée que la pauvreté et la vitalité indomptable vont de pairs. (L’idée donc, que les bourgeois, eux, ne savent pas vivre, ni rire, ni être légers.)
Himmler, en 1943, s’adressant à des officiers SS, les enjoint à suivre l’exemple des commissaires soviétiques pour augmenter la capacité de tuer des troupes allemandes ; « ils ont vingt ans d’avance sur nous » se dit-il.
Le bourgeois est celui qui ne se salit pas les mains. Malraux commence _La condition humaine_ en posant l’égalité crime = chemin révolutionnaire.
Le Parti remplace le peuple devant le peuple ; c’est le parti qui incarne « la colère » du peuple, d’où le fait qu’on enferme les dissidents : le Parti doit être le seul organe par lequel la « colère du peuple » s’exprime (contre quoi ? on ne sait pas).
Que Mao parvienne à instaurer un régime communiste, et non les démocraties occidentales, est une erreur dans le logiciel des écrits de Marx puis de Lénine. De fait, tous les pays communistes seront des anciens pays féodaux, et un coup d’État (plutôt qu’une révolution des masses) amènera un dictateur au pouvoir. Cela embarrasse beaucoup Moscou, car petit à petit les gens comprendront que ce fut aussi le cas pour Octobre 17, un simple coup d’État qui a mis à la tête du régime un chef plus sanglant encore que le Tsar (en nombre de morts par an).
En 1966, la faculté de philosophie de Pékin se renomme faculté de « pensée de Mao Zedong » alors que, de part le monde, les jeunes gens en colère se nomment maoïstes. Pompidou qu’on accuse d’être « fascisants » quand on défend, en Chine au même moment, l’assassinant des professeurs, la Bible maoïste, l’absence de presse etc.
En 1972, quand Nixon serre la main à Mao, la presse française s’étonne que Mao puisse accueillir une pareille canaille impérialiste.
En 1972, Glucksmann dans _Les temps modernes_ démontre que la France est une dictature fasciste.
Le « mal français » : la division du monde entre révolution et restauration.
Sartre : dénégation de soi-même afin d’expier leur appartenance à la bourgeoisie. Quand il descend dans la rue pour vendre _La gauche prolélatarienne_ (La cause du peuple), journal maoïste, pour défendre les intellectuels dissidents de France.
Le comte de Monte-Cristo illustre l’idéalisme prolétarien : se venger du bourgeois, le faire expier de ses crimes. Mais ici, Monte-Cristo ne vise pas la dépossession pour s’enrichir lui-même ; le trésor donné par l’abbé lui a déjà apporté la richesse. Il humilie le banquier par esprit de vengeance.
# Hirschmann « Passions et intérêts »
Avec Corneille, on arrive à l’acmé de ce que peut être la défense de la gloire, la recherche de la renommée comme unique raison de vivre. Mais très vite, et au même moment, arrivent les « destructeurs du héros » : La Rochefoucauld y décèle de l’amour propre ; Hobbes montre l’instinct de conservation dans les passions héroïques ; Pascal y montre la vanité et l’effort pour se connaître soi-même (divertissement) ; Cervantès en montre le ridicule et la démence.
La ruse de la raison chez Hegel rejoint, de près ou de loin, l’idée de Mandeville qui veut que la poursuite des intérêts individuels poussent la société en avant. Chez Hegel, les hommes répondent à leurs instincts et deviennent, sans le savoir, les agents de la grande fin de l’histoire.
Chez Goethe, le Méphistophélès est décrit comme : « une part de cette force qui toujours veut le mal mais qui toujours produit le bien ».
Triptyque moral : la passion (destructrice), la raison (impuissante) et donc, nouvellement, l’intérêt.
Si Locke et les autres défendent l’intérêt—et bientôt l’amour de l’argent, de façon plus étroite encore—c’est qu’il rend les actions des hommes prévisibles. De fait, il ne serait pas possible de gouverner des hommes qui n’auraient pas tous un intérêts communs, ce serait la pagaille pour savoir vers où mener la société. On attend qu’un homme qui obéit à son intérêt, la fermeté, la ténacité et l’esprit de méthode ; un comportement contraire à celui qui se laisse aveugler par ses passions. L’amour de l’argent, c’est la constance, la persistance et l’uniformité d’un jour à l’autre, et d’un individu à l’autre.
« Le désir du gain est une passion universelle qui agit en tout temps, en tout lieu et sur tout le monde » dit Hume. (cf. les débuts de l’homo-economicus, de fait.)
On passe donc, avec Hume, de l’avidité comme dangereuse pour son insatiabilité, à l’avidité comme bénéfique dans son uniformité parmi les hommes, donc, d’une certaine manière, dans sa « traitabilité » d’un point de vue politique. De fait, son caractère insatiable, l’absence d’utilité marginale décroissante (au sens où, même chez un riche, cette passion de l’avidité fonctionne à plein régime) est ce qui distingue cette passion des autres, et la transforme en vertu.
Le noble, en France, laisse le bourgeois s’enrichir et appelle cela faire du « doux commerce » avec un peu d’ironie : l’aristocratie n’imagine pas qu’un bourgeois puisse faire quelque chose de plus glorieux (plus noble) que de « doux ». Un roturier ne peut que cherche son intérêt—il ne saurait chercher la gloire, un exploit réservé aux nobles.
Hume : « L’exercice d’une profession commerciale ou industrielle a pour effet de faire prévaloir l’amour du gain sur l’amour du plaisir ».
(Il est étonnant que la psychanalyse n’ait rien à redire sur ce refoulement des passions violentes par d’autres, sous l’effet d’une activité ?)
Avec Smith : on s’attache moins à montrer les effets dévastateurs politiques que la poursuite de l’intérêt permet d’éviter que les avantages économiques.
Bref, on a demandé au capitalisme de produire des hommes sages, raisonnables, prévisibles. Et c’est cela même que les observateurs (romantiques) vont critiquer, l’homme ennuyeux, poli, sans quête de gloire, sans mystère, _sans passion._ Fourier, Marx (par l’aliénation), et Freud (désenchantement, refoulement de la libido comme prix nécessaire du progrès). Ces critiques oublient que le monde du « libre épanouissement » des passions était considéré comme propice à tous les dangers. (cf. Élias, énorme auto-contrôle avant de s’en libérer sans la menace de comprendre l’ordre social dans la sauvagerie.)
Keynes : « Il vaut mieux exercer son despotisme sur son compte en banque que sur ces concitoyens. »
Schumpeter nous assure que le capitalisme et la guerre sont deux choses bien différentes, que la guerre en Europe est la poursuite des notions pré-capitalistes dans nos esprits. Le capitalisme est calcul et rationalité, il ne peut pas supporter la guerre qui est imprévisible et passionnée.
# Léo Lévy « À la vie »
Quand Benny Lévy, à Bruxelles, commence à s’intéresser au soviets, c’est qu’il a connu l’exil par deux fois : Juif en Egypte, ses parents s’installent à Bruxelles, tentent à Paris, reviennent etc. Conditions de vie difficiles.
Violence intérieure de l’exilé, Sartre est celui qui comble le désir d’universalité à partir de la subjectivité singulière.
La France de 1789, de la Commune, de la résistance. Sartre choisi de se déraciner, d’être libre, alors que c’est arrivé par défaut à Lévy ; mais il s’y retrouve.
Le rôle de Pierre Goldman, juif communiste, accusé de meurtre, assigné en 1973.
Le foyer étudiant de la rue de la Victoire, là où Lévy passe les mois à préparer l’ENS, est financé par les Rothschild.
« Rien que par ma naissance, plénitude de sens a été donné à ma vie, inutile de courir après des hochets, de vains enjeux » dit-elle à propos des concours.
« Et si les ouvriers décident que c’est bien de violer les filles de la bourgeoisie, vous allez leur donner raison ? » demande la tante de Lévy.
Mariage en 1966. « J’étais encore très petite-bourgeoise » dit-elle, elle fait les courses dans des marchés populaires, enseigne au 6ème dans un collège de banlieue.
Les débats à l’ENS : deux séminaires, Althusser et Lacan. D’un côté Linhart (la réflexion mène à la pratique politique), de l’autre Milner et Miller (la réflexion mène à plus de science).
Quand on s’aperçoit que Marx se trompe (sur la conscience de soi), on dit « il commet un contresens » et non « il commet un malentendu ».
En août 1966, dans _Pékin information_ la « Décision en seize points du Comité central » annonce la révolution culturelle. « Qui touche l’homme en ce qu’il a de plus profond » est interprété comme la lutte contre l’égoïsme.
Pour les intellectuels qu’ils sont, cela change le rapport au savoir : « Pour cueillir une fleur, il faut descendre de cheval » sous-entendu, le savoir n’est pas dans les livres mais dans les masses (magma d’individus qui ont un rapport à la nature, à la matière) ; l’affrontement à la résistance de la chose produit du vrai. D’où le mot d’orde : enquêter, aller aux masses, s’établir en leur sein. Ainsi est lancé le « mouvement d’établissement ».
En décembre 66, l’UJC(ml) est crée ; cela ne fait plus sens de servir de caution intellectuelle au P.C.F en suivant les cours d’Althusser.
Lévy explique en 1977 : « Le guérillero d’Indochine prit, dans l’imagination révolutionnaire, la place du bolchevik, épuisé par les conspirations et les appareils. Nous réinventons l’opposition du faible et du fort ; le ptit finissait par affoler le tout-puissant. S’ouvre un espace inviolable : jungle, forêt, montagne, un peu plu secret et irréductible. Resurgissait notre idée de la révolution. »
Ils s’inscrivent à un cours de karaté—elle s’aperçoit qu’en plus de l’odeur de sueur, il n’y a que des paras qui s’entraînent et peu de révolutionnaires comme eux.
Mai 68 commence par une révolte de la séparation des garçons et des filles sur un campus.
L’UJC(ml) s’intéresse au mouvement après que les ouvriers rejoignent la cause—pour retrouver la vigueur de la CGT des débuts. Ils envoient des émissaires tracter dans les facs de province ; les ouvriers n’en ont rien à faire.
Après les événements, Lévy est désemparé, il fait appel à « l’idole du moment » : de quoi les masses ont-elles besoin ?
En juin 68, une réunion sonne la fin de l’UJC(ml) et la division entre le PCMLF et la GP, avec d’anciens du 22-mars de retour de Cuba ; et la publication de Vers la guerre civile (Geismar, July).
En 69, marche des lycéens sur les usines Renault de Flins. Ils occupent l’usine, les bureaux, tendent des drapeaux rouges. Olivier Rolin (pseudo Antoine) à leur tête.
Vocabulaire Mao : « base arrière », « zone libérée », « longue marche », « oser lutter, oser vaincre » — cela rend chaque action épique. Vocabulaire belliqueux chez Lévy qui veut venger la France des salauds, du PCF à Pompidou.
Des militants envoient des articles à la Cause du peuple. Portrait de Mao en pied, armé d’un parapluie. La Cause attaque le PC et la CGT qui sont assis sur les droits acquis, princes du mensonge, trafic d’influence sur le dos des ouvriers. La Cause défend : la révolte, les actions illégales, (la légalité autorise les conditions de travail inhumaines). « On a raison de séquestrer les patrons », « La guillotine, oui, mais pour Touvier », Il faut pendre les patrons par les couilles ». En mai 1970 la Cause est interdite, la GP dissoute, Le Dantec part en prison.
Ils appellent leur enfant René, d’après René Camphin, un ouvrier résistant du Nord. Ne le font pas circoncire.
La « paire rouge » lie un militant politique et un intellectuel. Lévy est associé à un type de la RATP.
En octobre 70, elle devient OS, elle plie des serviettes huit par jour avec des ouvrières immigrées, portugaises ; dans une blanchisserie. Elle distribue des tracts jusqu’à être licenciée. Il faut chercher la bonne usine, où les conditions sont réunies pour faire son travail révolutionnaire. Or les discussions ne sont pas politiques mais sentimentales, familiales, sur les loisirs, l’occasion de « s’éclater ». Un autre, chez Renault, sabote les pointeuses, les chaînes, débranche, etc. Plus tard, vers 70-71 : saccage des locaux de minutes, razzia chez Fauchon pour les bidonvilles.
Sartre est d’accord : « Tout est politique, c’est à dire tout met en cause la société ans son ensemble et débouche sur sa contestation ».
La mort de Pierre Overney, mao tué par un vigile de chez Renault, lance la question : faut-il répondre violemment ou non ? Plus tard, septembre 72, Sartre défend le terrorisme de Munich ; « quand il n’y pas d’autre moyen ». Rupture avec les militants immigrés, pro-palestiniens.
La GP est dissoute en 73 ; après l’expérience de Lip (usine de montre) vers Besançon où les ouvriers, dans l’illégalité mais sans violence, parviennent à l’autogestion saine. Finalement, le peuple s’est passé des services de la GP pour s’émanciper.
Certains, jusqu’à début 74, veulent continuer la lutte armée, y compris des fils de grands bourgeois.
La « parole » après l’échec est frappée d’indignité ; certains lancent un cirque ambulant. Place au corps, donc : yoga, chant. Mutation du combat : pour l’avortement libre.
-> La politique c’est parole, c’est le débat. Après, on s’intéresse au corps, au bien-être ici et maintenant.
Vie communautaire : trois couples, une mère célibataire qui estime que les enfants appartiennent à la mère, peu importe le père. Location d’un ancien relais de chasse. Règles de vie non baba-cool : pas de drogue, relation parents-enfants. Abandon de l’élevage d’animaux (la chèvre attaque les enfants). Culture de poireaux. Cuisine façon gastrosophie. Sartre passe, il s’intéresse à l’organisation du quotidien. Les carrières se grimpent vite : d’ouvrier qualifié on passe ingénieur et directeur de laboratoire ; sage-femme ; infirmière ; professeur.
# Soral
Le sport et l’intellect marchent main dans la main. Le critère universel que sont les femmes rassurent l’intellectuel-combattant.
Soral commence par publier des livres sur la mode. Un équivalent de Lagarde et Michard sur la fabrication des vêtements et la façon de les porter—1987, émission avec Ardisson. « J’ai le seul blouson en cuir de Paris qui soit doublé en vison, mais je ne l’ai pas pris ce soir, car il fait un peu chaud » dit Soral en nous montrant l’intérieur de sa veste en cuir marron. « Mon arrière grand-père était le premier ciseau chez le plus grand tailleur de Genève, et c’est pas pour ça que je sais faire un costume. »
Pas d’argent. Aller au puce pour s’habiller pas cher et entrer en boîte. Car la but de la jeunesse c’est de baiser des jeunes filles. On travaille le moins possible, on passe du temps au café, on palabre, on drague.
Rendez-vous pour un job comme « planeur stratégique » à 45k francs par mois ; je croise une gonzesse sur le chemin, je la suis, je ne vais pas au rendez-vous ; « alors que c’était avec le big boss ! » Cela m’a sauvé.
« La femme et le livre » ; quand je n’arrive pas à baiser, je rentre chez moi et je vais lire. Althusser c’est un couillon, il prend les livres et pas les femmes. Donc il ne connait pas le réel. C’est pour ça qu’il étrangle sa femme, il réalise qu’il n’a jamais été dans le réel.
Dans la vie, on m’a toujours dit que j’allais finir clodo ; il y a toujours « la grâce » au moment où t’es au fond du trou. Il faut croire à la bonne étoile.
« Un type m’a dit : « t’es en train de dessiner un jardin à la française et tu ne t’en rends pas compte, on pense que tu fais n’importe quoi mais en fait non » Et là, le mec a compris un truc sur moi. »
« Il y a que Costes qui peut prendre Gaspard Noé pour Claude Lelouch »
Conseil en communication : faire des synthèses assis à la terrasse d’un café. Intronisé par le système comme « sémiologue », spécialiste de la mode.
« Je faisais une faute d’orthographe par mot, maintenant c’est une par ligne. »
Les héros : celui qui meurt plutôt que de trahir. « C’est très bien que BHL soit aimé inconditionnellement par une femme ; c’est beau. »
« Il y a des moments où je chie dans mon froc mais je porte un pantalon marron. »
dimanche 23 avril 2017
Furet « Le passé d’une illusion »
Mi-XIXème, on accuse les prolétaires d’Angleterre de partir « chercher de l’or » en Australie ou en Californie ; cela va à l’encontre de la baisse tendancielle du taux de profit. On les accuse de tricher.
Les prolétaires devrait être excités par les crises ; mais ils se calmèrent toujours et les crises se résorbent naturellement.
Il y a, parmi les intellectuels, une formidable « résistance à l’expérience. »
Chateaubriand déteste le bourgeois par nostalgie d’avec l’Ancien Régime. (On a perdu à jamais la perfection de la noblesse avec ces bourgeois.) Puis, c’est plus tard que c’est vis-à-vis des prolétaires.
Mauvaise conscience du bourgeois : la révolution anti-aristocratique n’a pas apporté toutes ses promesses. Honte de soi-même car les rêves « révolutionnaires » ont apporté une situation ambivalente.
Le bourgeoise doute de lui-même, et balance entre la défense de la différence et celle de l’égalité. Rousseau hésite entre la solitude des _Rêveries_ et le vivre-ensemble du _Contrat social._
La démocratie est un régime qui se déteste, depuis ses origines, mais aujourd’hui personne n’a connu autre chose.
Le prolétaire veut devenir bourgeois. Donc la vraie question historique, c’est d’où vient la déchirure intérieure du bourgeois.
L’Allemagne en 1914 est encore incertaine de son territoire, cela explique l’idée que le Reich pourrait s’agrandir ; les frontières n’étaient pas aussi fixes qu’en France à la même époque.
Il y a des racines romantiques à la haine de l’individualisme bourgeois. En Allemagne, cela prend la forme de Kultur contre la Zivilisation : la Zivilisation c’est l’individualisme de 1789. (Thomas Mann et d’autres.)
En 1789, la France est le pays le plus civilisé d’Europe, tout le monde parle le français dans les cours européennes. La Révolution ne change pas les regards (déjà admiratifs) des autres sur le pays. À l’inverse, Octobre 1917 change le regard porté sur la Russie qui passe immédiatement de pays arriéré à celui d’avant-garde.
Un jeune philosophe aime l’universel, il lutte contre le bourgeois aux idées arriérées mais surtout _locales._
En URSS, en 1929, Luckas vit dans des conditions difficiles, car il est suspecté d’être un traite à la ligne marxiste-léniniste ; il refuse néanmoins de serrer la main de Victor Serge, jeune penseur français qui finira déporté au goulag puis libéré en 1941, qui était, à l’époque, surveillé et suspect d’opposition au régime.
En 1930, l’URSS n’a pas encore d’équivalent historique, les hommes ne peuvent comparer le régime à aucun autre dans l’Histoire.
La crise de 1929-30 en Europe sera utilisée tout au long des années 1930 comme une démonstration de l’effondrement imminent du capitalisme, comme l’anarchie du marché à l’œuvre. La planification en URSS, Mussolini, et même Roosevelt vont dans le même sens. Spengler tient ce discours en 1932 en Allemagne : voici le signe de la fin du capitalisme.
Chez Sorel, la violence sort l’homme affaibli de la léthargie « bourgeoise » et nous sort de l’hypocrisie ; c’est un régime de la vérité, une éthique aussi. Sorel développe la fascination pour la « grève générale » qui sera reprise par les syndicalistes.
L’argent est perçu comme un moteur de la désagrégation de la société chez les fascistes.
Mythe communiste : le fascisme provient d’une alliance « bourgeoise » avec le capital, or c’est historiquement faux.
En Allemagne après 1918, le trait distinctif entre les groupes para-militaires et les bolcheviks c’est l’expérience de la guerre des tranchées.
Le libéralisme et le marxisme appartient tous les deux à la Zivilisation ; c’est-à-dire des ennemis de la Kultur allemande. Il s’agit de lutter contre les deux à la fois avec le nazisme.
Or, côté bolchevik, on tient le fascisme pour une dégénérescence de la social-démocratie.
A partir de 1933, Paris devient la place centrale où s’élabore le communisme à l’international, après Berlin où les communistes ont échoué face aux nazis. L’arrivée du Front Populaire en 1936 est la première grande victoire du communisme en dehors de la Russie.
L’anti-fascisme est le camp de la révolution, seuls les communistes peuvent s’en prévaloir, voilà tout l’effort de la rhétorique de Staline dans ces années-là ; seul l’épisode entre le pacte germano-sovétique et la guerre va être difficile à faire avaler.
Staline se définit contre le fascisme plus que pour quelque chose. L’uRSS est l’avant-garde démocratique contre l’avancée du fascisme.
Il faut donc _inventer des fascismes_ partout pour pouvoir se définir contre cela, pour se faire exister. On traite Trotsky de « hitléro-trotskyste » pour insister sur le caractère binaire du soutien à l’URSS ou au nazisme.
En 1935 paraît un des premiers livres critiques de l’URSS par Souvarine, un des anciens membres du parti en URSS, alors qu’au même moment a lieu le « Congrès des écrivains pour la défense de la culture » à Paris, organisé par le PCF.
**Intellectuels**
Romain Rolland passe du scepticisme en 1927 à l’adhésion pleine et entière à l’URSS en 1929. Avec Gide, Malraux, Nizan, Aragon. Les nazis veut sauver l’ancien monde, l’uRSS en construire un nouveau. Même Gide à cette époque attaque le passé contre l’avenir promis par l’URSS.
Gide est un compagnon de route, c’est-à-dire qu’il s’autorise quelques « questions » ; il vient d’un milieu bourgeois protestant qu’il n’aura de cesse de combattre, surtout du côté des mœurs dont il a souffert en tant qu’homosexuel. Il incarne la haine du bourgeois individualiste (et esthète) contre le bourgeois.
En 1936, son « Retour d’URSS » est un coup de tonnerre en France, vendu à 150k exemplaires la première année. On trouve le moyen d’accuser le « bourgeois » en lui.
Drieu aime les idées vagues, les hommes d’action. L’idée qu’il y a quelque chose de « plus grand que soi » le porte.
Breton vit un échec total, c’est un génie sans emploi, un révolutionnaire sans révolution depuis qu’il a décidé de se taire sur l’URSS.
La revue Esprit, chrétien de gauche, incarne aussi l’idéal romantique, la recherche d’une communauté contre les individus « séparés » les uns des autres. Persuadés qu’aucun ordre social ne peut émerger de l’état bourgeois individualiste. La bienveillance d’Esprit envers les débuts des fascismes s’expliquent par leur tentative de recréer des communautés nationales.
Georges Bataille parle de la misère psychologique du bourgeois, de l’homme utile perdu dans le prosaïsme du calcul économique. Le bourgeois efface la dimension orgiaque de l’échange. Il n’y a plus de fête ni de sacré pour le bourgeois par rapport aux primitifs. Le bourgeois ne dépense que pour lui-même, il rompt l’ordre social. La société bourgeois est _homogène_ et sans passions, sans différences, sans sexualité. Le prolétariat est la seule classe hétérogène. Le programme du Collège de sociologie entre 1938-39 est d’étudier la dimension sacrée des phénomènes sociaux.
Au sortir de la seconde guerre, le nazisme va payer pour tous les crimes commis au vingtième siècle. Le fascisme n’existe plus que parmi ses détracteurs, qui veulent continuer de le faire vivre pour exister.
Pourquoi le modèle américain sort-il si faible de la guerre en France, et plutôt mieux en Allemagne ?
L’école de Francfort, et d’autres, sont convaincus que l’État totalitaire naît naturellement du stade suprême du capitalisme de monopole.
Le présupposé selon lequel les démocraties européens ont pactisé avec Hitler donne une vision monstrueuse du bourgeois, qui serait l’allié (inavouable) d’Hitler. Et cela va servir tous les discours antifascistes de l’après-guerre de Staline.
L’URSS est le seul concurrent anti-occidental sérieux, sujet à tout le ressentiment des élites des pays pauvres.
Le pro-communisme a rendu les États occidentaux complices de Staline dans le rapatrient des prisonniers (ou exilés) d’URSS après guerre. Ils finiront au goulag. L’occident, tolérant et respectueux envers Staline, a donc été complice de ses crimes.
L’idée de Staline et des siens est de faire perdurer la menace fasciste, latente mais bien réelle, jusqu’à la grande révolution socialiste qui seule peut mettre fin aux sentiments fascistes. Toutes les sociétés sont donc soupçonnées de fascismes tant qu’elles n’ont pas accompli la révolution socialiste—tous les discours allant à l’encontre de la révolution sont eux aussi suspects, sinon fascistes tout au moins alliés objectifs du fascisme.
La révolution d’octobre 1917 utilise des moyens coercitifs malgré elle, dans la lignée de 1789, mais le fond est juste. Son « essence » est juste, on ferme donc les yeux sur les moyens.
Les intellectuels aiment le marxisme car c’est une science de l’histoire dont seule une avant-garde possède le secret ; l’intellectuel _y a un rôle_ contrairement à la société capitaliste. Goût pour le pouvoir, passion pour la force.
Le marxisme, comme philosophie de l’histoire, a besoin d’interprètes, cela séduit les penseurs.
Comment les Américains peuvent-ils imaginer que tout le sang versé par les communistes de Staline peut ne pas être « au service de la liberté » à la fin de la guerre ? Comment imaginer qu’une dictature peut pousser les hommes à se sacrifier ainsi ?
Selon Arendt, l’idéologie est un système fermé d’interprétation de l’histoire qui dénie tout sens à l’action créatrice de l’homme. L’ordre social ne fait donc qu’un avec l’histoire.
Il n’y a pas d’anti-totalitarisme en France après 1945, seulement un anti-fascisme et un anti-anticommunisme.
Tito, dès l’après-guerre, comme Mao, après le rapport Kroutchev, se séparent de l’URSS ; ils n’ont pas eu besoin des chars soviétiques pour gagner le pouvoir dans leur pays.
Paradoxe autour de Soljenitsyne : il est lu et apprécié à l’ouest par les intellectuels de gauche car Kroutchev le défend a priori, pour ramener à sa cause les intellectuels d’URSS. La gauche n’aurait pas lu Soljenitsyne si Kroutchev n’avait pas donné le signal que c’est un auteur défend (toléré) par le régime.
Avec Brejnev autour du milieu des années 60, la cause pro-communiste se transforme en un anti-impérialisme anti-américain ; autour des luttes nationales comme le FLN et ailleurs. Puis Castro, Mao, etc. « L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme. »
Mao accuse Kroutchev d’avoir trahi le marxisme-léninisme, c’est un retour au source.
Comme pour Castro, Mao incarne la figure de l’intellectuel mené au pouvoir par une armée populaire. La Chine de Mao est pauvre, austère et juste. Le Cuba de Castro est un paradis latin, plein de chaleur communautaire. Seule l’imaginaire de la pauvreté fascine encore dans les années 1960, maintenant que la question de la croissance économique ne faisait plus débat comme dans les années 1930 (crise du capitalisme), voir 1950 (plan quinquennaux).
Le nouveau souffle marxiste-léniniste est un individualisme anti-bourgeois d’étudiants et intellectuels ; l’URSS n’inspire plus que les ouvriers.
La bohème intellectuelle repose sur le double, paradoxal, de la _haine de soi_ et le _culte du soi_ chez les étudiants bourgeois.
A partir de 1975 naît la question des « droits de l’homme » et de son intégration dans les pays communistes—qui pourtant reposent tous sur un parti unique.
Le dernier rêve marxiste-léniniste est l’épopée des Khmer-Rouge entre 1975-77.
Althusser, Marcuse et Foucault n’ont jamais critiqué, ni analysé, le socialisme réel. En 1975, Glucksmann sort son premier livre. L’Archipel du goulag est vendu à un million d’exemplaires.
En 1981, le programme de la gauche portée au pouvoir sur le thème de la « rupture avec le capitalisme » est la dernière apparition du néo-bolchevisme dans l’histoire politique occidentale.
Les prolétaires devrait être excités par les crises ; mais ils se calmèrent toujours et les crises se résorbent naturellement.
Il y a, parmi les intellectuels, une formidable « résistance à l’expérience. »
Chateaubriand déteste le bourgeois par nostalgie d’avec l’Ancien Régime. (On a perdu à jamais la perfection de la noblesse avec ces bourgeois.) Puis, c’est plus tard que c’est vis-à-vis des prolétaires.
Mauvaise conscience du bourgeois : la révolution anti-aristocratique n’a pas apporté toutes ses promesses. Honte de soi-même car les rêves « révolutionnaires » ont apporté une situation ambivalente.
Le bourgeoise doute de lui-même, et balance entre la défense de la différence et celle de l’égalité. Rousseau hésite entre la solitude des _Rêveries_ et le vivre-ensemble du _Contrat social._
La démocratie est un régime qui se déteste, depuis ses origines, mais aujourd’hui personne n’a connu autre chose.
Le prolétaire veut devenir bourgeois. Donc la vraie question historique, c’est d’où vient la déchirure intérieure du bourgeois.
L’Allemagne en 1914 est encore incertaine de son territoire, cela explique l’idée que le Reich pourrait s’agrandir ; les frontières n’étaient pas aussi fixes qu’en France à la même époque.
Il y a des racines romantiques à la haine de l’individualisme bourgeois. En Allemagne, cela prend la forme de Kultur contre la Zivilisation : la Zivilisation c’est l’individualisme de 1789. (Thomas Mann et d’autres.)
En 1789, la France est le pays le plus civilisé d’Europe, tout le monde parle le français dans les cours européennes. La Révolution ne change pas les regards (déjà admiratifs) des autres sur le pays. À l’inverse, Octobre 1917 change le regard porté sur la Russie qui passe immédiatement de pays arriéré à celui d’avant-garde.
Un jeune philosophe aime l’universel, il lutte contre le bourgeois aux idées arriérées mais surtout _locales._
En URSS, en 1929, Luckas vit dans des conditions difficiles, car il est suspecté d’être un traite à la ligne marxiste-léniniste ; il refuse néanmoins de serrer la main de Victor Serge, jeune penseur français qui finira déporté au goulag puis libéré en 1941, qui était, à l’époque, surveillé et suspect d’opposition au régime.
En 1930, l’URSS n’a pas encore d’équivalent historique, les hommes ne peuvent comparer le régime à aucun autre dans l’Histoire.
La crise de 1929-30 en Europe sera utilisée tout au long des années 1930 comme une démonstration de l’effondrement imminent du capitalisme, comme l’anarchie du marché à l’œuvre. La planification en URSS, Mussolini, et même Roosevelt vont dans le même sens. Spengler tient ce discours en 1932 en Allemagne : voici le signe de la fin du capitalisme.
Chez Sorel, la violence sort l’homme affaibli de la léthargie « bourgeoise » et nous sort de l’hypocrisie ; c’est un régime de la vérité, une éthique aussi. Sorel développe la fascination pour la « grève générale » qui sera reprise par les syndicalistes.
L’argent est perçu comme un moteur de la désagrégation de la société chez les fascistes.
Mythe communiste : le fascisme provient d’une alliance « bourgeoise » avec le capital, or c’est historiquement faux.
En Allemagne après 1918, le trait distinctif entre les groupes para-militaires et les bolcheviks c’est l’expérience de la guerre des tranchées.
Le libéralisme et le marxisme appartient tous les deux à la Zivilisation ; c’est-à-dire des ennemis de la Kultur allemande. Il s’agit de lutter contre les deux à la fois avec le nazisme.
Or, côté bolchevik, on tient le fascisme pour une dégénérescence de la social-démocratie.
A partir de 1933, Paris devient la place centrale où s’élabore le communisme à l’international, après Berlin où les communistes ont échoué face aux nazis. L’arrivée du Front Populaire en 1936 est la première grande victoire du communisme en dehors de la Russie.
L’anti-fascisme est le camp de la révolution, seuls les communistes peuvent s’en prévaloir, voilà tout l’effort de la rhétorique de Staline dans ces années-là ; seul l’épisode entre le pacte germano-sovétique et la guerre va être difficile à faire avaler.
Staline se définit contre le fascisme plus que pour quelque chose. L’uRSS est l’avant-garde démocratique contre l’avancée du fascisme.
Il faut donc _inventer des fascismes_ partout pour pouvoir se définir contre cela, pour se faire exister. On traite Trotsky de « hitléro-trotskyste » pour insister sur le caractère binaire du soutien à l’URSS ou au nazisme.
En 1935 paraît un des premiers livres critiques de l’URSS par Souvarine, un des anciens membres du parti en URSS, alors qu’au même moment a lieu le « Congrès des écrivains pour la défense de la culture » à Paris, organisé par le PCF.
**Intellectuels**
Romain Rolland passe du scepticisme en 1927 à l’adhésion pleine et entière à l’URSS en 1929. Avec Gide, Malraux, Nizan, Aragon. Les nazis veut sauver l’ancien monde, l’uRSS en construire un nouveau. Même Gide à cette époque attaque le passé contre l’avenir promis par l’URSS.
Gide est un compagnon de route, c’est-à-dire qu’il s’autorise quelques « questions » ; il vient d’un milieu bourgeois protestant qu’il n’aura de cesse de combattre, surtout du côté des mœurs dont il a souffert en tant qu’homosexuel. Il incarne la haine du bourgeois individualiste (et esthète) contre le bourgeois.
En 1936, son « Retour d’URSS » est un coup de tonnerre en France, vendu à 150k exemplaires la première année. On trouve le moyen d’accuser le « bourgeois » en lui.
Drieu aime les idées vagues, les hommes d’action. L’idée qu’il y a quelque chose de « plus grand que soi » le porte.
Breton vit un échec total, c’est un génie sans emploi, un révolutionnaire sans révolution depuis qu’il a décidé de se taire sur l’URSS.
La revue Esprit, chrétien de gauche, incarne aussi l’idéal romantique, la recherche d’une communauté contre les individus « séparés » les uns des autres. Persuadés qu’aucun ordre social ne peut émerger de l’état bourgeois individualiste. La bienveillance d’Esprit envers les débuts des fascismes s’expliquent par leur tentative de recréer des communautés nationales.
Georges Bataille parle de la misère psychologique du bourgeois, de l’homme utile perdu dans le prosaïsme du calcul économique. Le bourgeois efface la dimension orgiaque de l’échange. Il n’y a plus de fête ni de sacré pour le bourgeois par rapport aux primitifs. Le bourgeois ne dépense que pour lui-même, il rompt l’ordre social. La société bourgeois est _homogène_ et sans passions, sans différences, sans sexualité. Le prolétariat est la seule classe hétérogène. Le programme du Collège de sociologie entre 1938-39 est d’étudier la dimension sacrée des phénomènes sociaux.
Au sortir de la seconde guerre, le nazisme va payer pour tous les crimes commis au vingtième siècle. Le fascisme n’existe plus que parmi ses détracteurs, qui veulent continuer de le faire vivre pour exister.
Pourquoi le modèle américain sort-il si faible de la guerre en France, et plutôt mieux en Allemagne ?
L’école de Francfort, et d’autres, sont convaincus que l’État totalitaire naît naturellement du stade suprême du capitalisme de monopole.
Le présupposé selon lequel les démocraties européens ont pactisé avec Hitler donne une vision monstrueuse du bourgeois, qui serait l’allié (inavouable) d’Hitler. Et cela va servir tous les discours antifascistes de l’après-guerre de Staline.
L’URSS est le seul concurrent anti-occidental sérieux, sujet à tout le ressentiment des élites des pays pauvres.
Le pro-communisme a rendu les États occidentaux complices de Staline dans le rapatrient des prisonniers (ou exilés) d’URSS après guerre. Ils finiront au goulag. L’occident, tolérant et respectueux envers Staline, a donc été complice de ses crimes.
L’idée de Staline et des siens est de faire perdurer la menace fasciste, latente mais bien réelle, jusqu’à la grande révolution socialiste qui seule peut mettre fin aux sentiments fascistes. Toutes les sociétés sont donc soupçonnées de fascismes tant qu’elles n’ont pas accompli la révolution socialiste—tous les discours allant à l’encontre de la révolution sont eux aussi suspects, sinon fascistes tout au moins alliés objectifs du fascisme.
La révolution d’octobre 1917 utilise des moyens coercitifs malgré elle, dans la lignée de 1789, mais le fond est juste. Son « essence » est juste, on ferme donc les yeux sur les moyens.
Les intellectuels aiment le marxisme car c’est une science de l’histoire dont seule une avant-garde possède le secret ; l’intellectuel _y a un rôle_ contrairement à la société capitaliste. Goût pour le pouvoir, passion pour la force.
Le marxisme, comme philosophie de l’histoire, a besoin d’interprètes, cela séduit les penseurs.
Comment les Américains peuvent-ils imaginer que tout le sang versé par les communistes de Staline peut ne pas être « au service de la liberté » à la fin de la guerre ? Comment imaginer qu’une dictature peut pousser les hommes à se sacrifier ainsi ?
Selon Arendt, l’idéologie est un système fermé d’interprétation de l’histoire qui dénie tout sens à l’action créatrice de l’homme. L’ordre social ne fait donc qu’un avec l’histoire.
Il n’y a pas d’anti-totalitarisme en France après 1945, seulement un anti-fascisme et un anti-anticommunisme.
Tito, dès l’après-guerre, comme Mao, après le rapport Kroutchev, se séparent de l’URSS ; ils n’ont pas eu besoin des chars soviétiques pour gagner le pouvoir dans leur pays.
Paradoxe autour de Soljenitsyne : il est lu et apprécié à l’ouest par les intellectuels de gauche car Kroutchev le défend a priori, pour ramener à sa cause les intellectuels d’URSS. La gauche n’aurait pas lu Soljenitsyne si Kroutchev n’avait pas donné le signal que c’est un auteur défend (toléré) par le régime.
Avec Brejnev autour du milieu des années 60, la cause pro-communiste se transforme en un anti-impérialisme anti-américain ; autour des luttes nationales comme le FLN et ailleurs. Puis Castro, Mao, etc. « L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme. »
Mao accuse Kroutchev d’avoir trahi le marxisme-léninisme, c’est un retour au source.
Comme pour Castro, Mao incarne la figure de l’intellectuel mené au pouvoir par une armée populaire. La Chine de Mao est pauvre, austère et juste. Le Cuba de Castro est un paradis latin, plein de chaleur communautaire. Seule l’imaginaire de la pauvreté fascine encore dans les années 1960, maintenant que la question de la croissance économique ne faisait plus débat comme dans les années 1930 (crise du capitalisme), voir 1950 (plan quinquennaux).
Le nouveau souffle marxiste-léniniste est un individualisme anti-bourgeois d’étudiants et intellectuels ; l’URSS n’inspire plus que les ouvriers.
La bohème intellectuelle repose sur le double, paradoxal, de la _haine de soi_ et le _culte du soi_ chez les étudiants bourgeois.
A partir de 1975 naît la question des « droits de l’homme » et de son intégration dans les pays communistes—qui pourtant reposent tous sur un parti unique.
Le dernier rêve marxiste-léniniste est l’épopée des Khmer-Rouge entre 1975-77.
Althusser, Marcuse et Foucault n’ont jamais critiqué, ni analysé, le socialisme réel. En 1975, Glucksmann sort son premier livre. L’Archipel du goulag est vendu à un million d’exemplaires.
En 1981, le programme de la gauche portée au pouvoir sur le thème de la « rupture avec le capitalisme » est la dernière apparition du néo-bolchevisme dans l’histoire politique occidentale.
samedi 15 avril 2017
L'esprit bourgeois 1
# Ott « Martin Heidegger »
Faible constitution physique : il se fait renvoyer de chez les Jésuites car il n’arrive pas à suivre le rythme des longues marches.
Il s’éloigne du catholicisme après son double échec chez les Jésuites et comme étudiant en théologie. Il finira par épouser Elfride en 1917, alors que toute sa famille est étonnée devant ce « mariage mixe », car Elfride est luthérienne, étudiante en science politique à Fribourg ; Heidegger est alors assistant professeur.
Attitude partielle de Husserl quand, en 1918, Heidegger lui donne des nouvelles de « la philosophie en train de se faire » à Berlin, où il séjourne quelque temps.
En 1936, Heidegger porte à sa boutonnière une croix gammée quand il passe un journée avec son vieil ami Löwith—un Juif.
Marcuse est son étudiant à Fribourg en 1928-1932.
Météorologue dans les Ardennes à l’automne 1918. Il laisse penser qu’il fut sur le front de Verdun.
L’Allemagne en étau entre l’Amérique et la Russe ; les mêmes d’un point de vue métaphysique car soumettant l’homme à la technique, et « l’organisation sans racines de l’homme normalisé. »
# Boudon
La sociologie est une discipline socialiste, par définition, qui empêche quiconque de comprendre le libéralisme : l’autonomie de l’individu est nié, on ne perçoit l’individu que comme un « pur effet » de structures, de son inconscient etc. En cela, la sociologie est un animisme qui explique les actions par ce qui entoure l’individu et non par lui-même.
# Hayek « Présomption fatale »
Descartes et le rationalisme : ils pensent que la raison peut former un langage, un droit, une morale.
Rousseau et le « bon sauvage » érigé en héros des intellectuels : l’idée de se libérer des contraintes « artificielles » devient le combat le plus sacré. Les intellectuels rejettent les contraintes même auxquelles ils doivent la productivité et la liberté.
Rousseau et la « volonté générale ». Or le sauvage n’a aucune autonomie individuelle, pour cela il faut des sphères individuelles de contrôle et cela n’est devenu possible qu’avec la propriété.
Le scientifique a besoin d’avoir un « but » prédéfini, il n’accepte pas de suivre une direction à moins que le but soit défini à l’avance (Einstein, Russel, Keynes.)
Le complotisme (Chomsky) consiste à appliquer au monde tel qu’il est (complexe), une pensée animiste : il doit y avoir quelque part des gens qui décident, car rien ne peut échapper au rationalisme, rien n’est « trop abstrait » pour être connu et fabriqué par nous autres. Des hommes qui ne se préoccupent pas d’un « but » leur font peur ; de fait ils n’acceptent pas l’immanence — l’absence de quête de sens — vécue par les capitalistes.
Haine du commerce :
Le savoir tacite des entrepreneurs fait peur aux rationalistes. Un commerçant ne dit pas, ni ne sait parfois, d’où lui viennent ses informations.
Devoir dépendre de beaucoup d’hommes, d’actions, à l’issue incertaine, fait peur au rationaliste. Cela demande une connaissance du monde étranger, des « contrées lointaines ».
Depuis Aristote et l’Église, et partout dans le monde, le commerce a été suspect, dénigré.
Le commerçant modifie la valeur d’une marchandise, sans que personne ne sache sa recette. Cette activité respire la sorcellerie car il ajoute de la valeur par une simple réorganisation, sans création physique.
# Linhart
Dans le livre « Génération » les auteurs rappellent que les fondateurs de la G.P sont tous de l’élite (ENS, HEC, Centrale). Il y a un intellectualisme d’extrême-gauche, des gens qui sont tout en haut et pourtant décident d’arrêter les études, de devenir ouvrier, de quitter la ville—et parfois même de renier la culture, les livres.
-> Avant les entrepreneurs, les Mao déjà ont refusé les titres universitaires pour s’établir comme « travailleur manuel », seulement ils devenaient ouvrier quand Bill Gates devenait chef d’entreprise. (MS se lance en 1974, la GP termine en 1973.)
-> Je me retrouve dans cet hyper-intellectualisme. Les parents voulaient transmettre de la connaissance aux enfants ; aujourd’hui on veut s’assurer de leur bien-être.
# Le Dantec « Les dangers du soleil »
Mao n’était pas Staline, il était sa seule critique, bien plus que Trotsky. Mao enclenche un retour aux sources : les textes sur la Commune de Paris de Lénine, d’inspiration libertaire.
Cette scène lors d’un voyage en Tchécoslovaquie en 1965, avant son retournement Mao : Il est dans un bistrot avec son ami, il prend de pitié les hommes alentours qui regardent son paquet d’allumettes colorés (« de la SEITA, illustrée cette année là par des fables de La Fontaine ») ; il pense à leur offrir mais les hommes, orgueilleux, sortent le leur, un paquet avec inscrit dessus un slogan socialiste. « Leur douleur et leur amertume me nouaient les entrailles. Moi j’étais libre de circuler à ma guise, de venir leur rendre visite. Eux pas. Tout à coup, je me rappelai ma carte du Parti, serrée dans mon portefeuille, et la honte m’empourpa. » Le socialisme ne pouvait être ces visages fermés qui rêvaient devant cette boîte d’allumettes multicolores, à Cuba ou en Chine.
Des enfants dans la rue courent derrière lui pour crier « Chewing gum » comme les enfants français poursuivaient les G.Is américains pour demander du chocolat.
En arrivant en Chine, la petite délégation de cinq étudiants est rassurée, voilà qu’il existe un endroit égalitaire, où le socialisme est appliquée sans la morosité de l’URSS. Ces enfants de communistes, de résistants, ont vu tous leurs rêves s’effondrer petit à petit jusqu’à Mao : Staline, Thorez, l’Union soviétique, le Parti… « Ici, on est sûr que les masses ont réellement le pouvoir. »
# Aron « L’opium »
Aron se moque du fait qu’ils voient dans « le prolétaire » plutôt que « l’ingénieur » l’image de l’homme universel qui fabriquera la révolution et mettre fin à l’histoire. Finalement, on a depuis remplacer « le prolétaire » par d’autres noms « l’immigré » ou « le jeune de banlieue » ou même « les minorités », avec comme image, encore et toujours celle du Dernier Homme. On leur attribut des vertus singulières.
Haine des USA car la prospérité et l’égalitarisme a été atteint par le marché et non par l’intervention de l’Etat—donc par le « conseil du prince » et le constructivisme.
Haine des USA car, là-bas, l’homme de la rue n’a pas plus de droit de se prononcer sur le salut commun que l’intellectuel.
En URSS, les intellectuels sont persécutés, cela est bien la preuve qu’ils « comptent » ; tandis qu’aux USA, ils restent dans l’ombre ou connaissent parfois la notoriété. C’est l’envers de la responsabilité de l’intellectuel, être fait prisonnier certes, mais avoir de l’importance, diriger la nation comme un ingénieur. (Équivalent pour un Lordon aujourd’hui ? Il est mal payé donc n’a rien à perdre à changer de régime, il appelle de ses vœux un régime où il serait écouté par les hommes de pouvoir, où il ne serait plus victime de solitude (la masse l’écoute) ni de prostitution (ne s’abaisse plus à devoir « vendre »).
Aron insiste : l’intellectuel français a des goûts aristocratiques et déteste l’arrivée des marchandises et des « biens communs » venant des USA qui détériore le niveau de consommation aristocratique auquel il tient.
# Lecourt « Contre la peur »
Ce qu’on reproche à la « technique », c’est d’imposer le « principe de raison » à toutes les sphères de l’existence. La science n’est pas désintéressée, elle impose bien (par la technique) une vision du monde. Toute observation du réel est désormais un calcul. La technique exige de toute chose qu’elle rende raison. La technique est le péché de l’occident car elle a engagé l’esprit sur al voie de la représentation. On ne sait plus ce qu’on appelle « pensée ».
# Bimbenet « Invention du réalisme »
« La réalité procède en nous de l’autorité. » La thèse défendue dans cet ouvrage est la suivante. La croyance en l’existence du monde est induite par l’adhésion aux valeurs d’un groupe d’êtres humains. Cette adhésion est permise par le langage. Apprendre à croire au monde, c’est apprendre à manier la fonction référentielle des mots. Mais, pour manier les mots de manière à leur donner une référence, il faut être assuré d’avoir suffisamment d’autorité pour cela. La croyance dans le monde social précéderait donc, selon É. Bimbenet, la croyance dans le monde physique. Autrement dit, il n’est possible de croire en un monde d’objets, avec leurs caractéristiques physique simples, que si l’on croit dans le monde social.
Faible constitution physique : il se fait renvoyer de chez les Jésuites car il n’arrive pas à suivre le rythme des longues marches.
Il s’éloigne du catholicisme après son double échec chez les Jésuites et comme étudiant en théologie. Il finira par épouser Elfride en 1917, alors que toute sa famille est étonnée devant ce « mariage mixe », car Elfride est luthérienne, étudiante en science politique à Fribourg ; Heidegger est alors assistant professeur.
Attitude partielle de Husserl quand, en 1918, Heidegger lui donne des nouvelles de « la philosophie en train de se faire » à Berlin, où il séjourne quelque temps.
En 1936, Heidegger porte à sa boutonnière une croix gammée quand il passe un journée avec son vieil ami Löwith—un Juif.
Marcuse est son étudiant à Fribourg en 1928-1932.
Météorologue dans les Ardennes à l’automne 1918. Il laisse penser qu’il fut sur le front de Verdun.
L’Allemagne en étau entre l’Amérique et la Russe ; les mêmes d’un point de vue métaphysique car soumettant l’homme à la technique, et « l’organisation sans racines de l’homme normalisé. »
# Boudon
La sociologie est une discipline socialiste, par définition, qui empêche quiconque de comprendre le libéralisme : l’autonomie de l’individu est nié, on ne perçoit l’individu que comme un « pur effet » de structures, de son inconscient etc. En cela, la sociologie est un animisme qui explique les actions par ce qui entoure l’individu et non par lui-même.
# Hayek « Présomption fatale »
Descartes et le rationalisme : ils pensent que la raison peut former un langage, un droit, une morale.
Rousseau et le « bon sauvage » érigé en héros des intellectuels : l’idée de se libérer des contraintes « artificielles » devient le combat le plus sacré. Les intellectuels rejettent les contraintes même auxquelles ils doivent la productivité et la liberté.
Rousseau et la « volonté générale ». Or le sauvage n’a aucune autonomie individuelle, pour cela il faut des sphères individuelles de contrôle et cela n’est devenu possible qu’avec la propriété.
Le scientifique a besoin d’avoir un « but » prédéfini, il n’accepte pas de suivre une direction à moins que le but soit défini à l’avance (Einstein, Russel, Keynes.)
Le complotisme (Chomsky) consiste à appliquer au monde tel qu’il est (complexe), une pensée animiste : il doit y avoir quelque part des gens qui décident, car rien ne peut échapper au rationalisme, rien n’est « trop abstrait » pour être connu et fabriqué par nous autres. Des hommes qui ne se préoccupent pas d’un « but » leur font peur ; de fait ils n’acceptent pas l’immanence — l’absence de quête de sens — vécue par les capitalistes.
Haine du commerce :
Le savoir tacite des entrepreneurs fait peur aux rationalistes. Un commerçant ne dit pas, ni ne sait parfois, d’où lui viennent ses informations.
Devoir dépendre de beaucoup d’hommes, d’actions, à l’issue incertaine, fait peur au rationaliste. Cela demande une connaissance du monde étranger, des « contrées lointaines ».
Depuis Aristote et l’Église, et partout dans le monde, le commerce a été suspect, dénigré.
Le commerçant modifie la valeur d’une marchandise, sans que personne ne sache sa recette. Cette activité respire la sorcellerie car il ajoute de la valeur par une simple réorganisation, sans création physique.
# Linhart
Dans le livre « Génération » les auteurs rappellent que les fondateurs de la G.P sont tous de l’élite (ENS, HEC, Centrale). Il y a un intellectualisme d’extrême-gauche, des gens qui sont tout en haut et pourtant décident d’arrêter les études, de devenir ouvrier, de quitter la ville—et parfois même de renier la culture, les livres.
-> Avant les entrepreneurs, les Mao déjà ont refusé les titres universitaires pour s’établir comme « travailleur manuel », seulement ils devenaient ouvrier quand Bill Gates devenait chef d’entreprise. (MS se lance en 1974, la GP termine en 1973.)
-> Je me retrouve dans cet hyper-intellectualisme. Les parents voulaient transmettre de la connaissance aux enfants ; aujourd’hui on veut s’assurer de leur bien-être.
# Le Dantec « Les dangers du soleil »
Mao n’était pas Staline, il était sa seule critique, bien plus que Trotsky. Mao enclenche un retour aux sources : les textes sur la Commune de Paris de Lénine, d’inspiration libertaire.
Cette scène lors d’un voyage en Tchécoslovaquie en 1965, avant son retournement Mao : Il est dans un bistrot avec son ami, il prend de pitié les hommes alentours qui regardent son paquet d’allumettes colorés (« de la SEITA, illustrée cette année là par des fables de La Fontaine ») ; il pense à leur offrir mais les hommes, orgueilleux, sortent le leur, un paquet avec inscrit dessus un slogan socialiste. « Leur douleur et leur amertume me nouaient les entrailles. Moi j’étais libre de circuler à ma guise, de venir leur rendre visite. Eux pas. Tout à coup, je me rappelai ma carte du Parti, serrée dans mon portefeuille, et la honte m’empourpa. » Le socialisme ne pouvait être ces visages fermés qui rêvaient devant cette boîte d’allumettes multicolores, à Cuba ou en Chine.
Des enfants dans la rue courent derrière lui pour crier « Chewing gum » comme les enfants français poursuivaient les G.Is américains pour demander du chocolat.
En arrivant en Chine, la petite délégation de cinq étudiants est rassurée, voilà qu’il existe un endroit égalitaire, où le socialisme est appliquée sans la morosité de l’URSS. Ces enfants de communistes, de résistants, ont vu tous leurs rêves s’effondrer petit à petit jusqu’à Mao : Staline, Thorez, l’Union soviétique, le Parti… « Ici, on est sûr que les masses ont réellement le pouvoir. »
# Aron « L’opium »
Aron se moque du fait qu’ils voient dans « le prolétaire » plutôt que « l’ingénieur » l’image de l’homme universel qui fabriquera la révolution et mettre fin à l’histoire. Finalement, on a depuis remplacer « le prolétaire » par d’autres noms « l’immigré » ou « le jeune de banlieue » ou même « les minorités », avec comme image, encore et toujours celle du Dernier Homme. On leur attribut des vertus singulières.
Haine des USA car la prospérité et l’égalitarisme a été atteint par le marché et non par l’intervention de l’Etat—donc par le « conseil du prince » et le constructivisme.
Haine des USA car, là-bas, l’homme de la rue n’a pas plus de droit de se prononcer sur le salut commun que l’intellectuel.
En URSS, les intellectuels sont persécutés, cela est bien la preuve qu’ils « comptent » ; tandis qu’aux USA, ils restent dans l’ombre ou connaissent parfois la notoriété. C’est l’envers de la responsabilité de l’intellectuel, être fait prisonnier certes, mais avoir de l’importance, diriger la nation comme un ingénieur. (Équivalent pour un Lordon aujourd’hui ? Il est mal payé donc n’a rien à perdre à changer de régime, il appelle de ses vœux un régime où il serait écouté par les hommes de pouvoir, où il ne serait plus victime de solitude (la masse l’écoute) ni de prostitution (ne s’abaisse plus à devoir « vendre »).
Aron insiste : l’intellectuel français a des goûts aristocratiques et déteste l’arrivée des marchandises et des « biens communs » venant des USA qui détériore le niveau de consommation aristocratique auquel il tient.
# Lecourt « Contre la peur »
Ce qu’on reproche à la « technique », c’est d’imposer le « principe de raison » à toutes les sphères de l’existence. La science n’est pas désintéressée, elle impose bien (par la technique) une vision du monde. Toute observation du réel est désormais un calcul. La technique exige de toute chose qu’elle rende raison. La technique est le péché de l’occident car elle a engagé l’esprit sur al voie de la représentation. On ne sait plus ce qu’on appelle « pensée ».
# Bimbenet « Invention du réalisme »
« La réalité procède en nous de l’autorité. » La thèse défendue dans cet ouvrage est la suivante. La croyance en l’existence du monde est induite par l’adhésion aux valeurs d’un groupe d’êtres humains. Cette adhésion est permise par le langage. Apprendre à croire au monde, c’est apprendre à manier la fonction référentielle des mots. Mais, pour manier les mots de manière à leur donner une référence, il faut être assuré d’avoir suffisamment d’autorité pour cela. La croyance dans le monde social précéderait donc, selon É. Bimbenet, la croyance dans le monde physique. Autrement dit, il n’est possible de croire en un monde d’objets, avec leurs caractéristiques physique simples, que si l’on croit dans le monde social.
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